L’inondation de Grenoble


En 1859, la ville était fortifiée. Les remparts suivaient approximativement l’actuel boulevard Jean Pain au sud et le boulevard Edouard Rey à l’ouest. La gare, construite un an plus tôt, était en dehors de la ville. La banlieue n’existait pas, si ce n’est quelques maisons et fermes implantées à la Croix Rouge, la Capuche ou l’Abbaye. Grenoble comptait environ 30.000 habitants.

 

Propagation de la crue :

La vitesse de montée des eaux a été très rapide, plus encore que lors de la crue du 26 octobre 1778 (voir frise chronologique temporelle ci-contre).

Dès le 31 octobre au soir, les niveaux s’élèvent à La Gache (rive droite de l’Isère, face à Pontcharra). A 21h, le niveau maximal y est atteint, avec une hauteur de 4.5 m. L’Isère ne sort ici pas de son lit.

Le 1 novembre à 7h10, l’onde de crue atteint Goncelin.

Cinq heures plus tard, c’est au tour de Tencin d’être atteinte, avec une hauteur d’eau de 3.5m.

Vers 15h, c’est Domène qui est concernée avec une hauteur de 4,10m.

Grenoble est touchée peu de temps après, avec une hauteur de 3 m à 20h.Puis, à la faveur d’une croissance plus rapide, l’Isère gagne plus d’un mètre en 12 heures, et atteint 4,10 m le 2 novembre à 8h du matin. Durant les sept heures qui suivent, elle gagne encore 90 cm. Les 5 m sont ainsi franchis à l’échelle Perrière vers 15 heures. Le maximum de 5,35 m au-dessus de l’étiage est atteint vers 20h (soit 5 cm de moins qu’en 1778).

L’eau reste à un niveau stationnaire environ deux heures, puis la décrue s’amorce à partir de 23h, et se poursuit toute la nuit. Le lendemain matin, à 8h, le niveau de l’Isère est de 4 m, ayant ainsi perdu en douze heures tout ce qui avait été gagné dans le même temps. Au soir du 3 novembre, le niveau avait encore diminué d’un mètre. La décrue s’effectue en à peine 21h, contre 30h en 1778.

Crue de l'Isère du 2 nov. 1859 : présentation des événements depuis la Bastille :

 

Une rivière qui se transforme en torrent :

L’un des éléments frappant durant l’inondation de la cité grenobloise est la force est la force du courant, la puissance de l’eau. La circulation des hommes et des chevaux et donc le sauvetage de la population est ainsi beaucoup plus compliqué et dangereux

« […] A neuf heures du matin nous nous trouvions à la porte des Adieux extérieurement où les eaux s’élevaient alors à un mètre environ […] Un chariot d’artillerie avait été renversé par le courant [...] Mais le courant était si fort que nous fûmes obligés de renoncer au projet (de chercher le chariot)[…] et nous sortir de ce lieu en nous donnant la main les uns aux autres […] » (PV des gendarmes à pied Rafaelli et Leroy le 2 novembre 1859).

Les eaux s’écoulent avec un courant tellement violent que sur plusieurs points les terrassements des fortifications sont dégradés et que le pont qui supporte les conduites de la fontaine publique est renversé. La triperie, construite en partie en pisé, sur le bord de l’Isère, à proximité de l’abattoir, et une maison à la Croix-Rouge, s’écroulent. Le tablier de la bascule du poids public est emporté de la place du Lycée à la place Grenette.

L’eau s’avance jusqu’aux abords de la gare de chemin de fer, et la ville intra-muros est inondée. Refoulée par les égouts, elle recouvre des points bas comme la rue St François, puis monte graduellement. Le 2 novembre, dans la plaine, les eaux sont hautes telles que les glaies sont surmontées ; les fossés sont subitement envahis, remplis, et l’eau finit par pénétrer dans la ville par les portes et les meurtrières. Grenoble est alors rapidement envahie par les eaux qui montent de 15 à 20 cm par heure. Les niveaux finissent par atteindre entre 1 et 2 mètres selon les endroits. La place Saint André, la place aux Herbes, la partie haute de la place Notre Dame, la partie élevée de l’ancienne Demi-Lune de la porte Très-Cloîtres sont quelques uns des rares endroits où l’eau ne soit pas montée.

En amont et en aval de Grenoble, toute la plaine devient un vaste lac, s’étendant du pied d’une montagne à l’autre, et sur lequel n’apparaîssent plus que les cimes des arbres.

 

Le débit de pointe de l’Isère :

Le débit de pointe de la crue de 1859, évalué à 1800m³/sec, a été défini à partir de calculs réalisés par Maurice Pardé*. Il reconnaît cependant explicitement que cette valeur de 1800m³/sec est probablement sous-estimée, ne tenant pas compte de l'élargissement de la zone occupée par les eaux du fait du débordement, et n’intégrant pas le flux d’eau passant dans la ville et les fossés des fortifications. Ce dernier flux est estimé à environ 200m³/sec par l'ingénieur A. Gentil des Ponts et Chaussées.

Cette valeur de 1800m³/s est toujours actuellement admise pour cette crue, même si M. Pardé est revenu par la suite sur ce chiffre : « le flot maximum de novembre 1859, y compris les eaux débordées, n'aurait peut-être point excédé 1700 m³/sec, même 1600 m³/sec » (1955).

Il chiffre par ailleurs le volume de crue à environ 388 millions de m³ sur une période de dix jours.

   
 

 
 


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