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 | Les scénarios d’éboulement |
Le collège d'Experts réunis sous la présidence de Marc Panet en 2000 avait notamment pour mission de donner son avis sur les hypothèses de scenarios d'éboulements les plus probables à court (entre 1 an et 10 ans), moyen (entre 10 ans et 50 ans) et long terme (compris entre 50 et 100 ans). Les scénarios envisagés dans leur rapport (rapport Panet I) étaient les suivants :
- court terme : des chutes de blocs et un éboulement de la zone frontale (près de 3 millions de m3) sont à envisager ;
- moyen et long terme : la possibilité d’éboulements de plusieurs millions de m3, se produisant par régression ou extension vers l’ouest, n’est pas à exclure (fortes incertitudes sur l’évolution à long terme). Les scénarios impliquant des volumes de plusieurs dizaines de millions de mètres cubes ont paru aux experts très improbables à court terme et peu probables à moyen terme (scénarios de 20 à 25 millions de mètres cubes ou même de 100 millions de m3, ce dernier volume paraissant quasiment impossible).
Un second collège d’expert, toujours présidé par Marc Panet, s’est réuni au cours de l’année 2003 pour faire le point sur les scénarios de rupture les plus probables et pour examiner, à la lumière des données nouvelles acquises sur le site, les infléchissements éventuels à apporter aux conclusions présentées en 2000 par le précédent collège d’experts. Il a été mis en évidence que depuis la remise du rapport Panet I en 2000, il n'était pas apparu de phénomène ou de comportement fondamentalement nouveaux, qui pourraient conduire à remettre en cause les scénarios proposés en 2000. Leur rapport paru en 2004 (rapport Panet II) ne modifie pas donc pas l’analyse du risque à long terme mais précise par contre :
- les limites et le volume de la zone frontale susceptible de s'ébouler à court terme
- les scénarios de rupture, l'extension et la morphologie des éboulis correspondant à un scénario de rupture de la zone frontale.
Les scénarios de rupture de la zone frontale (3 millions de m3)
Deux scénarios sont envisagés concernant le décrochement et l’effondrement de la zone frontale dite « active » (3 millions de m3) :
- un éboulement monophasé ou instantané dont la durée pourrait être de quelques dizaines de secondes
- un éboulement polyphasé, c'est-à-dire plusieurs événements d’éboulement échelonnés dans le temps. Ce deuxième scénario est considéré comme plus probable sans que l’intervalle de temps entre éboulements successifs ne puisse être prévu (heure, mois, année, …).
Le collège d'experts a estimé qu'un éboulement en plusieurs phases de la zone frontale était un scénario plus probable qu'un éboulement en une seule phase pour les raisons suivantes :
- la zone frontale est très désorganisée et des petites chutes de blocs se produisent régulièrement ; des fractures s'ouvrent de façon spectaculaire au sein de la masse comme sur ses bords,
- l'absence de plans de rupture ayant une grande persistance et permettant le développement d'un mécanisme de glissement plan ou en dièdre,
- l'hétérogénéité des déformations et déplacements mesurés dans cette zone.
L'intervalle de temps entre éboulements successifs ne peut cependant être prévu - une heure, un mois, une année...
Propagation et étalement des volumes d'éboulement de la zone frontale (3 millions de m3)
En ce qui concerne la propagation du volume d’éboulement, le rapport Panet II identifie 4 principaux scénarios :
- un éboulement de 1 million de m3 recouvrirait le lit actuel de la Romanche, mais serait contenu pour l’essentiel par le merlon existant, il n’atteindrait pas la RN 91, mais des impacts de blocs isolés sont à redouter et la Romanche en crue pourrait atteindre la chaussée.
- un éboulement de 2 millions de m3 environ, monophasé, recouvrirait aussi le lit de la Romanche : le merlon ne retiendrait qu’une partie des éboulis qui s’étaleraient au droit du verrou de Montfalcon, le chenal serait obstrué sur une centaine de mètres de long sous des épaisseurs d’éboulis ne dépassant guère 5 à 6 m ; la RN 91 pourrait être atteinte par le front d’éboulis et, en toute hypothèse, bombardée par des blocs isolés et probablement envahie par les eaux de la Romanche refluant du chenal.
- un éboulement de 3 millions de m3 au départ se déroulant en plusieurs phases, par exemple en trois phases de 1 million de m3 chacune, recouvrirait le lit de la Romanche, déborderait le merlon sur sa partie orientale, recouvrait le chenal de dérivation sur une longueur de 200 m, atteindrait, sur 100 m environ, la RN probablement envahie par les eaux, les éboulis ne devraient atteindre le pied du versant rive gauche que de manière marginale.
- un éboulement de 3 millions de m3 au départ se produisant en une seule phase (soit entre 3 et 4 millions de m3 foisonnés) recouvrirait le lit, déborderait le merlon sur sa partie orientale, recouvrirait le chenal sur 200 à 300 m, avec des épaisseurs dépassant localement la quinzaine de mètres ; la RN serait recouverte sur 200 m avec des épaisseurs de 5 m au maximum, les éboulis pourraient atteindre le pied du versant rive gauche et le seuil de débordement du barrage serait élevé ( cote 336 environ).
Les têtes de la galerie percée en rive gauche de la vallée ne sont atteintes par les éboulis dans aucune des simulations réalisées.
Remarque :
Si les outils de modélisation de la trajectoire des chutes de blocs et des petits éboulements existent et sont couramment utilisés, la propagation des grands éboulements rocheux, dont les volumes vont de quelques centaines de milliers de mètres cubes à plusieurs milliards de mètres cubes, constitue un domaine beaucoup plus mal connu. Aucun modèle existant n'a été encore véritablement validé. La prévision de l'étalement d'un éboulement majeur reste un art très difficile ; c'est pourquoi il est apparu nécessaire au collège d’expert d'utiliser et de comparer plusieurs approches pour parvenir aux conclusions formulées ci-dessus. Deux méthodes d'évaluation ont été employées, dont les résultats ont été présentés dans plusieurs rapports :
- modélisation de la propagation, par Rochet & Rochet : rapports de novembre 2001 et de décembre 2003
- modélisation par épandage, par le CETE-Méditerranée : rapport d’octobre 2003 + annexes 1, 2, 3.
De plus, une note de synthèse bibliographique (rapport CETE de Lyon de novembre 2003) a permis de situer le cas de Séchilienne parmi les éboulements de grande ampleur survenus dans le passé et de proposer des évaluations empiriques de la propagation. |
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