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Inondation à Domène le 22 août 2005 : le témoignage d'un habitant du quartier des Chenevières

Le 02-11-2005 | Par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 4994 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Inondation à Domène le 22 août 2005 : le témoignage d'un habitant du quartier des Chenevières
Le lotissement des Chenevières inondé en août 2005 par la crue du Doménon © S. Gominet / IRMa

Rencontre et entretien avec Denis Barnier, habitant sinistré du quartier des Chenevières à Domène (allée de Chamechaude), suite à la crue torrentielle du Domeynon des 22 et 23 août 2005. Deux mois après les inondations beaucoup d’habitants n’ont toujours pas retrouvé leur habitation.

Le témoignage des habitants sinistrés et des personnes qui ont vécu la crue est pour nous essentiel pour conserver la mémoire de cet événement. L’entretien de cette mémoire, si elle peut être parfois douloureuse pour les personnes concernées, est indispensable à la constitution d’une culture du risque au sein de la population et des élus car elle permet de garder à l’esprit qu’un torrent connaît nécessairement des crues, plus ou moins violentes, plus ou moins espacées dans le temps, mais qu’il en connaît toujours ! Le souvenir de ces événements devrait nous permettre de rester vigilants et de travailler ensemble, population, élus et gestionnaire des risques à une meilleure prévention.

La rencontre des habitants de Domène est malheureusement pour nous l’occasion de constater encore une fois à quel point le chemin qu’il nous reste à parcourir pour que la population soit pleinement informée des risques qui la menacent est important, et ce malgré le dispositif réglementaire qui existe en la matière. Ce qui constitue notre travail quotidien (la vulgarisation des PPR et des DCS, la réalisation des DICRIM et des PCS, etc.) n’est que très peu connu des habitants et les efforts que nous menons pour éduquer à l’environnement et aux risques restent en parti vain. Faire prendre conscience à la population mais aussi et surtout aux élus qu’un petit torrent peut voir son débit multiplier par 100 en cas de forte crue n’est pas chose aisée et la plupart des habitants n’ont tout simplement pas conscience du danger qui les menace.

Par peur d’affoler la population ou de donner une image négative de leur commune, les élus ont souvent du mal à communiquer sur ces risques et ne savent pas trop comment aborder cette question. La culture du risque, sur laquelle nous insistons tant, mais qui en est encore aujourd’hui à ses premiers balbutiements, devrait permettre aux habitants concernés d’adopter des comportements adaptés en cas de crise et de suivre au mieux les consignes de sécurité données par les autorités (évacuation préventive par exemple et non évacuation dans l’urgence dans le cadre des secours), parce qu’ils en auront compris le sens et l’importance (encore faut-il que ces consignes leurs soient données). La culture du risque devrait aussi permettre aux habitants de devenir acteurs de leur sécurité, en leur donnant les moyens de s’impliquer dans des actions de prévention (travaux de protection, d’entretien des cours d’eau, plan communal de sauvegarde, etc.) et en participant aux choix qui sont fait en la matière. La concertation organisée dans le cadre du choix du scénario d’aménagement pour l’Isère amont est un exemple de ce qu’il est possible de faire dans ce domaine.

Le recueil d’informations auprès des sinistrés et l’entretien de la mémoire de ces catastrophes n’ont de sens que si cela nous permet de ne pas commettre les mêmes erreurs dans l’avenir et d’améliorer la prévention dans ses multiples facettes.

 

Propos recueillis le 26/10/2005 Depuis combien de temps habitez-vous dans le quartier des Chenevières à Domène ?

Nous avons acheté notre maison en 1994.

 

La question des risques naturels (crues du Doménon et de l’Isère) a-t-elle été abordée au cours de la vente et a-t-elle joué dans votre décision ?

Non, la vente c’est fait de particulier à particulier et à aucun moment il n’a été question des risques menaçant le secteur. Nous savions que nous étions proches du Domeynon mais, à la limite, nous trouvions ça plutôt agréable d’être proche d’un cours d’eau.

 

Aviez-vous connaissance, avant la crue et les inondations des 22 et 23 août dernier, des risques liés aux crues torrentielles du Domeynon, notamment en cas de rupture de digue (risques indiqués dans le Dossier Communal Synthétiques de la commune diffusé en 2001) ?

Non, pas du tout. Pour nous le Doménon était un gentil petit torrent de montagne. Jamais nous n’aurions pu imaginer qu’il connaisse une telle crue. De plus les digues sont hautes dans le secteur, cela nous donnait confiance, et il ne nous est pas venu à l’idée qu’elles puissent céder.

 

Vivre en bordure de ce torrent n’était donc pas source d’inquiétude pour vous ?

Non, à aucun moment cela ne nous a inquiété. Je suis originaire de Méaudre dans le Vercors. J’ai vécu les séismes de Corrençon en 1957 et j’ai vu des tempêtes de neige. Mais le temps anesthésie les réflexes. Il faut dire aussi que le Doménon passe presque inaperçu dans le lotissement. On voit les digues mais on ne voit pas le cours d’eau dont le lit est surélevé par rapport aux terrains d’habitation. On a tendance à l’oublier. Tous les amis qui sont venus nous aider nous ont demandé la même chose : « mais il est où ce torrent ? ». En fait l’inquiétude venait plutôt de l’Isère. Je fais mon jogging sur ses berges et j’ai déjà vu son niveau monter à 30 cm du haut de la digue. Je sais aussi que la crue de 1945 a causé des dégâts importants dans la vallée et j’ai entendu dire qu’il y a 3 ou 4 ans, certains secteurs de la commune de Meylan ont été légèrement inondés.

 

Vous n’aviez donc pas connaissance des crues historiques du Domeynon (1679, 1783, 1955 et 1968) recensées dans le Plan de Prévention des Risques (PPR) et dans le Dossier Communal Synthétique (DCS) de la commune ?

Non, pas du tout.

 

Savez-vous à ce propos ce que sont ces documents, leurs objectifs et leur contenu ?

Non. J’ai entendu parler d’un Plan de Prévention des Risques pour l’Isère, mais je ne sais rien de plus.

 

Comment avez-vous vécu l’événement des 22 et 23 août ?

Nous n’étions pas là au moment des faits, nous sommes rentrés de vacances le 23 août dans l’après-midi et avons découvert notre maison dévastée. Il y a eu environ 1,5 mètre d’eau à l’intérieur alors que l’ensemble des ouvertures, portes, fenêtres et volets étaient fermés. Les meubles ont flotté et se sont déplacés, causant quelques dégâts avant de retomber n’importe où dans la maison. D’après ce que nous avons pu constater, une partie des inondations est due à la remontée des eaux depuis le stade de foot et les terrains à côté puisqu’elles étaient bloquées par la digue du canal de la chantourne qui a finalement cédé, trop tard en fait. Deux mois après les inondations, notre maison est toujours inhabitable.

 

Comment se sont passés les premiers jours de nettoyage et de réparation ?

La solidarité a été très importante entre les habitants de Domène et beaucoup de nos amis sont venus nous aider pendant au moins une semaine. Les différentes actions de soutien de la mairie (aide alimentaire, vestimentaire, équipements de base, etc.) et de la croix rouge ont été très appréciées de la majorité des sinistrés, je pense. Certains de nos voisins ont rencontré des difficultés avec leur assurance (ce qui n’est pas notre cas) ce qui a encore accru leurs stress et leur découragement. C’est maintenant d’ailleurs que cela devient difficile, quand on n’est plus dans les secours et les réparations de premières urgences, que les choses sont apparemment rentrées dans l’ordre. Pour nous elles ne le sont pas, nous sommes loin d’avoir retrouvé une situation normale, les difficultés sont toujours là, administratives, morales… C’est maintenant que le l’on se sent le plus isolés, abattu parfois.

 

Comment voyez-vous l’avenir et la vie dans le quartier ?

La question se pose aujourd’hui pour nous de savoir si nous avons envie ou non de rester habiter ici. On ne se sent plus en sécurité, certains voisins disent même qu’ils ont peur lorsqu’il commence à pleuvoir. Des travaux doivent être engagés sur le Domeynon et des réunions publiques sont prévues pour nous en informer. Nous verrons bien…



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