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Retour sur la crue du Gapeau (Var) des 17 et 18 janvier 1999

| le 21-01-2014 | par François Giannoccaro - Directeur de l'IRMa | 7133 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Retour sur la crue du Gapeau (Var) des 17 et 18 janvier 1999

Alors que le sud-est de la France panse ses plaies après les intempéries de ces derniers jours, la question de la réparation d'urgence est dès à présent à l’ordre du jour des territoires affectés, notamment sur le bassin versant du Gapeau (Var) et au-delà... Il y a tout juste 15 ans, le Gapeau dont le débit à Hyères avait atteint 450 m3/s, contre 391 m3/s sur ce dernier épisode, faisait déjà parler de lui. Retour avec Josette FAYS, Présidente fondatrice de Var Inondations Ecologisme (VIE), sur ces inondations des 17 et 18 janvier 1999 qui ont favorisé la création d’un collectif de riverains sinistrés.

Photo - Inondation du Gapeau du 18 janvier 1999 - Lotissement de l'Oratoire - Hyères

Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1999, la vie de 600 familles du bassin versant du Gapeau a basculé. À l’automne, puis de Noël à mi-janvier, une série d'épisodes pluvieux avait rempli les cavités karstiques. La nappe phréatique était saturée et la terre gorgée d’eau. Après 48 heures d’averses incessantes, des trombes d’eau se sont à nouveau abattues, le 17 janvier, liées au phénomène cévenol sur l’ensemble du bassin versant du fleuve côtier, le Gapeau, et au-delà… L'importance et la violence des précipitations ont provoqué un phénomène de crue rapide, auquel il faut ajouter des inondations sur 35 communes varoises endommageant infrastructures et habitations : un vrai déluge.

Le débit maximum de cette crue trentenale enregistré pour le Gapeau a été de 143 m3/sec à Solliès-Pont et 450 m3/sec à Hyères. Le fait que l'événement se soit produit en pleine nuit a bouleversé les sinistrés isolés. Plusieurs dizaines de personnes ont dû être évacuées, en particulier à Solliès-Pont, Solliès-Ville, Hyères et les secours ont eu du mal à répondre rapidement à des centaines d'appels.

Les communes les plus touchées étaient Hyères, Solliès-Toucas, Solliès-Pont, Solliès-Ville, Belgentier, Méounes, La Farlède, Pierrefeu déjà sinistrées par des inondations antérieures dont on retrouve la trace de la plus meurtrière dans les archives de Belgentier en 1651 avec 41 morts.

La montée soudaine des eaux a entraîné en 1999 de nombreux dégâts : les routes se sont transformées en bassins de rétention improvisés bloquant automobilistes et secours. Les dommages les plus importants étaient causés aux habitations avec des murs effondrés, des restanques écroulées et ravinements dans les cultures, des affaissements de terrain et des inondations de caves ou de piscines, tout cela essentiellement par la crue mais également par ruissellement et coulées de boue.

Des plongeurs ont trouvé une cavité de 25 mètres de long et de 2 mètres de profondeur causée par l’affouillement d’un mur de protection et plusieurs milliers de mètres cube de berges ont également été emportés…  Sur les parkings et bords de berge, plusieurs véhicules ont dû apprendre à voguer !

La passerelle du centre-ville de Solliès-Pont est tombée dans le Gapeau en furie et le pont de la salle des fêtes, construit en 1975, a été submergé par plus d’un mètre d’eau. L'eau est même montée à proximité des écoles… Plusieurs quartiers : Enclos, Pont Neuf, Sarraire, se sont trouvés inondés et isolés ; Celui du Cubertix a été transformé en piscine de boue.

Pendant ce temps, la basse plaine hyéroise - Vallée de Sauvebonne, Plan du Pont, Ayguade… a été recouverte par les eaux et ce jusqu’à la mer, l'eau a envahi les lotissements et s'est infiltrée dans plusieurs centaines de villas ; Il a fallu évacuer des familles par barques.

Plusieurs grandes constructions s’y trouvent comme les lotissements de l’Oratoire et de Jean Salusse, le Lycée Hôtelier, le 54ème RIMA, le lycée agricole, la B.A.N Hyères, l’aéroport international Toulon-Hyères, des campings...

L'information météorologique donnée ne permettait pas d'imaginer les conséquences immédiates des précipitations. Les mairies ont souvent travaillé « avec les moyens du bord » et dans l'urgence. Plus d’électricité, de téléphone, le 18 ne recevait plus d'appel et les pompiers n'avaient plus que leurs émetteurs portatifs.

Le bilan de la catastrophe aurait pu être réduit considérablement si des systèmes d'alerte rapide efficaces permettant de détecter, de surveiller, de prévoir le phénomène et de diffuser des alertes en conséquence, avaient été mis en place à l’époque. Certaines communes avaient bien détaché des employés sur les lieux mais qui sont restés impuissants sans information, ni réaction.

 

En 1999, c’est la solidarité du voisinage qui a servi « d’alerte »

Pendant cette nuit interminable, deux familles de Solliès-Pont, sans étage pour se réfugier de la rapide montée des eaux, ont dû évacuer dans le noir, à 4 heures du matin, seules et à pied, formant une chaîne humaine (dont une femme enceinte et un enfant handicapé) contre le courant et les plaques de goudron défoncées qui ralentissaient leur progression.

Au matin, des routes impraticables narguaient les véhicules tout terrain, impuissants à franchir les trous béants. Le constat était affligeant : les jardins s’étaient transformés en champ de bataille, des cadavres de poissons jonchaient le sol et les habitations, envahies par l’eau boueuse et les remontées d’égouts étaient méconnaissables. Que faire ?

Alors que les secours s’organisaient, il était parfois impossible d’accéder aux maisons des sinistrés… Devant l’absence de réaction des services de secours, de la protection civile et de la municipalité à Solliès-Pont, trois mères de familles démunies se sont présentées dans la journée, à tour de rôle devant un employé en mairie mais sans succès ; Puis devant l’indifférence ont décidé d’unir leur action avec les deux autres mères qui avaient dû évacuer durant la nuit.

À cinq, elles ont mutualisé et conjugué leurs efforts pour revenir à nouveau signaler leur impuissance face à leur dénuement total. Leurs voix unifiées demandant une aide urgente pour accéder enfin à leur domicile tandis que la dernière demandait humblement un peu de « solidarité » à la première adjointe. Immédiatement la réponse fut favorable à l’aide de premier secours : réfection du chemin d’accès éventré, réfrigérateur, machine à laver, fournitures scolaires….

Cette première action « solidaire » a été le tremplin permettant de constater qu’aucune structure de défense et d’entraide pour les sinistrés et inondables sur l’ensemble du bassin versant du Gapeau, n’existait pour répondre aux préjudices subis et proposer des solutions ou travaux d’aménagement pour la prévention et la protection contre les inondations.

 

Après la crue, c’est aussi avant la suivante…

Nous devions exprimer les problèmes concrets et prioritaires rencontrés : l’absence de soutien psychologique, l’hébergement d’urgence puis temporaire, le conseil pour les démarches administratives, les délais de remboursement des assurances, l’absence de moyen de locomotion de remplacement, la réfection des voies de communication, le rétablissement des services vitaux (eau, électricité, assainissement, remplacement des fournitures et matériel scolaire endommagés, gestion alimentaire et vestimentaire…).

L’émergence en 1999 de cette association de riverains sinistrés : « le C.I.C Gapeau »,  soit Comité d’Intérêt Commun des Riverains du bassin versant du Gapeau », a élargi notre champ d’action pour faire remonter les attentes, rendant crédibles les diverses interventions auprès des élus locaux mais également à tous les organismes concernés jusqu’à l’échelon national. Force est de constater que notre investissement a porté ses fruits en apportant des réponses puisque le comité a dû se transformer en fédération départementale - rebaptisé en janvier 2009 : Var Inondations Ecologisme (VIE).

 

 

En savoir plus :

> Acceder à la page Facebook de Var Inondations Ecologisme (VIE)
https://www.facebook.com/VarInondations?fref=ts



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