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Protéger les biens et les personnes en bibliothèque : une gestion des risques globale

Le 24-03-2021 | Par Romane Coutanson - Chargée d’études, département de l'ISTet réseau documentaire, Ministère l'Enseignement supérieur et de la recherche | 843 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Protéger les biens et les personnes en bibliothèque : une gestion des risques globale
Exercice de simulation d'un sinistre organisé par le BbF avec le SDIS 09 - octobre 2018 © Bouclier bleu France

Enjeu important pour les bibliothèques, la protection des biens et des personnes nécessite une approche globale, prenant en compte l’ensemble des risques susceptibles d’engager leur sécurité, ainsi que la mise en place de protocoles opérationnels. Dans cette optique, l’anticipation des risques et la sensibilisation des acteurs concernés sont des axes de travail capitaux.

Un domaine balisé


© PixaBay

Qu’elles soient universitaires ou de lecture publique, les bibliothèques sont considérées, sur le plan réglementaire, comme des Etablissements Recevant du Public (ERP) de type S. Les ERP sont également classés selon leur capacité d’accueil. Plus elle est importante, plus le dispositif est contraignant, notamment en termes de sécurité incendie.

Pour les bibliothèques, (...) la réglementation s’attache particulièrement au risque majeur que représente l’incendie, et aux mouvements de panique qu’il peut engendrer.

Pour les bibliothèques, dans ce domaine, le cadre législatif est centré sur la protection des personnes, sur les conditions de sécurité relatives à leur accueil, avant celles concernant leur activité de conservation de biens culturels. De ce fait, la réglementation s’attache particulièrement au risque majeur que représente l’incendie, et aux mouvements de panique qu’il peut engendrer.

Or, pour les biens culturels, si le risque incendie est aujourd’hui bien identifié et si une réglementation a été développée, du travail reste à accomplir pour d’autres risques majeurs comme les risques d’inondations ou technologiques.

La perception des risques a aussi évolué : depuis 2015 la perception du risque attentat s’est accrue avec, en réponse, le renforcement du plan Vigipirate. De même la crise sanitaire mondiale engendrée par l’épidémie de Covid-19 a modifié l’échelle des risques.

... du travail reste à accomplir pour d’autres risques majeurs comme les risques d’inondations ou technologiques.

Lorsqu’elles ont trait aux personnes, les questions de sécurité-sûreté sont capitales, mais n’entrent pas dans le champ des formations initiales des professionnels des bibliothèques. L’appui d’un personnel spécialisé peut alors s’avérer nécessaire (personnel SSIAP obligatoire pour certaines catégories d’ERP). En revanche, les bibliothécaires ont des compétences en conservation préventive précieuses pour l’analyse des risques appliquée aux collections et des dispositifs à élaborer en conséquence.

Anticiper les risques

Pour être opérationnelle, la protection des biens et des personnes doit s’ancrer dans une démarche alliant prévention et prévision : réduire les conditions qui favorisent la survenue du sinistre et en atténuer les dommages si ce dernier survient malgré tout. L’anticipation est donc fondamentale.

Deux dispositifs principaux existent : pour les biens, le Plan de Sauvegarde des Biens Culturels (PSBC), pour les personnes, le Plan Particulier de Mise en Sécurité (POMSE).

Outre l’exercice d’évacuation réglementaire, deux dispositifs principaux existent. Pour les biens, il s’agit du Plan de Sauvegarde des Biens Culturels (PSBC). Pour les personnes, il s’agit du Plan Particulier de Mise en Sécurité (PPMS, aussi appelé Plan d’Organisation et de Mise en Sûreté d’un Etablissement - POMSE).

Une enquête a été adressée à l’automne 2019 aux bibliothèques françaises relevant d’une collectivité territoriale de plus de 20 000 habitants et aux bibliothèques françaises relevant de l’enseignement supérieur pour évaluer l’état du déploiement de ces deux dispositifs.

En voici les chiffres-clés :

  • 60% des répondants indiquent que leur établissement a déjà subi un sinistre, souvent récemment.
  • A la suite de ce sinistre, les difficultés rencontrées sont à la fois techniques (peu de prise sur le bâtimentaire), humaines (collectif de travail démuni face aux dégâts) et financières (coûts et délais avant la réception des financements). Elles sont démultipliées par le manque d’anticipation et de sensibilisation des tutelles.
31% des bibliothèques interrogées ont déjà fait l’objet d’une analyse des risques liés à leur environnement
  • 31% des bibliothèques interrogées ont déjà fait l’objet d’une analyse des risques liés à leur environnement, 27% d’un diagnostic des risques liés à leurs infrastructures, et 29% d’une analyse des risques liés à leurs collections. L’analyse des risques liés à l’environnement et aux bâtiments est souvent conduite par des personnes extérieures à la bibliothèque, contrairement à l’analyse des risques liés aux collections. Seuls 10% des répondants ont mené ces trois analyses, unique moyen d’avoir une appréciation précise des risques en jeu.
  •  Moins de 20% des bibliothèques ayant répondu disposent d’un PSBC, mais 33% se sont engagées dans sa rédaction et 20% l’envisagent. Ainsi, 70% des structures s’intéressent à cette démarche. La volonté est là mais il faut encore transformer l’essai.
Moins de 20% des bibliothèques ayant répondu disposent d’un PSBC
  •  Un nombre équivalent de bibliothèques disposent d’un plan lié au risque attentat (18%). Toutefois seules 43% travaillent actuellement à son élaboration. Cette politique volontariste reste donc encore marginale mais tend à se développer (60% de ces plans datent de moins de trois ans). Contrairement au PSBC, cette réflexion a souvent été engagée par les tutelles qui témoignent d’une forte préoccupation de ce risque.

Pour être opérationnelle, la protection des biens et des personnes s’insère dans une logique d’amélioration continue. Les plans (PSBC, PPMS, etc.) doivent être réactualisés chaque année, tout comme la formation du personnel, notamment par la réalisation d’exercices récurrents (évacuation).


Exercice d'évacuation de collections patrimoniales avec la section Pygarmed du Bouclier Bleu et le SDIS 09, octobre 2018 © Bouclier bleu France

Sensibiliser les acteurs concernés

Parmi les actions nécessaires pour optimiser la sécurité des biens et des personnes en bibliothèque, la sensibilisation des acteurs concernés est primordiale.

Le Bouclier bleu France propose des stages et le montage d’exercices pour entraîner les équipes à faire face à un sinistre.

Ces acteurs sont d’abord internes à l’institution : les équipes doivent avoir une bonne connaissance des bâtiments où sont accueillis les publics et où sont conservés les biens culturels. Connaître la nature des collections et leur environnement permet d’identifier et d’évaluer les risques auxquels elles peuvent être confrontées, mais aussi de mettre en place des protocoles pour leur faire face.

Ce travail, long et complexe, doit s’inscrire dans une approche globale considérant à la fois les mesures appliquées aux biens, mais aussi aux personnes, parfois contradictoires.

Les associations professionnelles représentent un appui méthodologique précieux. Le Bouclier bleu France (BbF), dont l’expertise est reconnue dans ce domaine, propose ainsi des stages et le montage d’exercices pour entraîner les équipes à faire face à un sinistre quand les collections patrimoniales sont touchées.


Exercice de simulation d'un sinistre organisé par le BbF avec le SDIS 09 - octobre 2018 © Bouclier bleu France
Le Bouclier bleu France (BbF) est une association reconnue d’intérêt général fondée en 2001. Relais français du Blue Shield International, celui-ci a été créé par les Conseils internationaux des musées (ICOM), des monuments et des sites (ICOMOS), des archives (ICA) et des bibliothèques (IFLA). « Il représente un corps d’experts capables de conseiller élus, décideurs et professionnels en cas de catastrophe naturelle (ou de conflit armé) menaçant le patrimoine culturel. »[1]

Les acteurs concernés sont aussi externes à l’institution. Il s’agit principalement des tutelles politiques et du monde du secours. L’enjeu est d’arriver à faire entendre l’importance de la protection des œuvres à l’autorité supérieure. Pour cela, il est nécessaire de sensibiliser les tutelles au patrimoine conservé en bibliothèque, afin que celles-ci prennent conscience du poids de la perte qu’il peut représenter, et de celui des crédits à mettre en jeu ensuite pour sa restauration.


Exercice d'évacuation de collections patrimoniales. Albi, 2016. © Bouclier-bleu France

La bibliothèque doit également établir un dialogue avec les professionnels du secours : en cas d’intervention, ce sont les sapeurs-pompiers qui prendront le commandement des opérations et leur priorité sera de mettre hors de danger les personnes présentes sur le site. La sauvegarde des biens culturels viendra dans un second temps. Cependant, s’ils ont été sensibilisés au patrimoine en amont, elle pourra se faire en parallèle de la protection des personnes, ce qui fera gagner un temps non négligeable pour le sauvetage des œuvres.

Sensibiliser les professionnels du secours par une visite des lieux et une présentation des collections

Un travail en amont avec les pompiers permettra donc une prise en compte de la protection des biens et des personnes, ainsi qu’une rapidité et une efficacité d’intervention facilitée. Il faut donc que la protection des biens s’insère dans leurs dispositifs, sans interférer avec leur priorité (sauver les personnes) et en facilitant au maximum leur intervention pour gagner du temps. S’efforcer, pour le bibliothécaire, de connaître leurs obligations et leurs protocoles d’opération permettra d’y faire intégrer ses propres modalités pour la protection des biens.

Sensibiliser les professionnels du secours par une visite des lieux et une présentation des collections offre à la fois aux bibliothécaires la possibilité d’établir des priorités de sauvetage et aux pompiers d’avoir conscience de la valeur et des spécificités des collections ainsi qu’une première connaissance des lieux (éventuellement préalable à la création d’un plan Eta.Ré.). Dans un second temps, un exercice d’entrainement avec manipulation d’ouvrages peut être organisé.

Un dialogue régulier et ouvert avec les acteurs extérieurs à la bibliothèque est la meilleure façon d’obtenir les moyens nécessaires à la mise en place d’une protection efficace et pérenne.

 

[1] Jacques Faye & Jocelyne Deschaux & Valérie Luquet, "Patrimoine culturel et risques majeurs (inondations, incendies) : les approches du Bouclier bleu France" : irma-grenoble.com
 

Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification // CC BY-NC-ND

En savoir plus :

> Site du Bouclier bleu
http://www.bouclier-bleu.fr/

> Mémoire de fin d'étude du diplôme de conservateur portant sur la protection des biens et des personnes en bibliothèque
https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notices/69607-anticiper-les-situations-d-urgence-pour-mieux-sauvegarder-la-protection-des-biens-et-des-personnes-en-bibliotheque



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