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L’information préventive destinée au grand public : des outils pour l’améliorer

Le 15-12-2021 | Par Laëtitia Ferrer & Alexis Pelud & Corinne Curt | 783 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
L’information préventive destinée au grand public : des outils pour l’améliorer
Nuage de mots / Représentation de ce qu’implique la communication préventive sur les risques majeurs destinées au grand public © Ferrer

La sensibilisation du grand public aux risques majeurs possède un rôle primordial car elle peut conditionner le comportement des personnes en cas de survenue d’une catastrophe. L’information préventive est une des clés de cette sensibilisation. Sa mise en œuvre actuelle en France permet-elle de pleinement remplir cet objectif ? Comment l’améliorer ?

Quel constat sur les outils d’information préventive en France ?

Lors des évènements naturels ou technologiques majeurs, les prises de décision et les comportements des personnes sont conditionnés par la façon dont elles se représentent les risques.

L’information préventive du public dédiée aux risques majeurs est l’un des enjeux majeurs de la gestion des risques : elle joue un rôle dans cette représentation et vise à ce que les personnes soient mieux préparées en cas d’évènements. Elle peut devenir une forme d'expérience indirecte du risque et donc un moyen de renforcer son acceptation et de stimuler l'implication des populations exposées.

Ceci est d’autant plus important qu’on constate peu de mobilisation des habitants au quotidien sur la question des risques en dehors des situations particulières de post-crise ou de menaces spécifiques. De possibles biais cognitifs peuvent survenir lorsqu'un individu reçoit une information préventive (illusion de contrôle, biais d'optimisme, attitude de déni, etc.) empêchant la compréhension ou l’application de son contenu. Toutefois, une mauvaise communication sur les risques aggravera presque toujours la situation pendant l’évènement (National Research Council, 1989). Il est donc pertinent de proposer des outils de communication du risque efficaces.

En France, l’information préventive réglementaire s’organise à l’échelle communale selon plusieurs dispositifs : (DICRIM, PFMS, repères de crues, réunions publiques…) qui doivent être mis à disposition du grand public selon la loi.

En France, l’information préventive réglementaire s’organise à l’échelle communale selon plusieurs dispositifs de communication complémentaires (DICRIM ‒ Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs, PFMS ‒ Plan Familial de Mise en Sureté, repères de crues, réunions publiques…) qui doivent être mis à disposition du grand public selon la loi.

Or, des défaillances existent, par exemple des informations fragmentaires et difficilement mobilisables ou des moyens de diffusion hétérogènes et inégaux (l’information doit généralement être recherchée auprès de la mairie, la préfecture ou sur internet).

Par ailleurs, il est pertinent d'établir si ces outils de communication préventive atteignent leur objectif d'appropriation par la population. Permettent-ils aux citoyens de mieux connaître les risques qui les concernent et les actions à prendre en cas d’évènement ?

Si l’on observe le DICRIM plusieurs constats pénalisent son efficacité, certains DICRIM vont avoir tendance à noyer le lecteur sous la masse d’informations, d’autres ne fournissent pas des informations pourtant majeures.

La présentation d’un document, joue un rôle crucial dans la façon dont le lecteur va appréhender les informations qu’il contient. Si une rigueur n’est pas apportée sur son apparence et son attractivité, si celles-ci ne captent pas suffisamment l’attention du lecteur, il est probable que celui-ci ne fasse que survoler le document. Il en est de même pour son contenu. S’il contient des informations trop complexes, le lecteur risque une nouvelle fois de le délaisser. Si l’on observe le DICRIM, qui est à l’heure actuelle l’outil réglementaire principal d’information préventive destiné au grand public, plusieurs constats pénalisent son efficacité. Ainsi, certains DICRIM, prenant bien souvent la forme d’un catalogue de risques, vont avoir tendance à noyer le lecteur sous la masse d’informations. D’autres satisfaisants en termes de longueur, ne fournissent pas des informations pourtant majeures pour une réelle sensibilisation du public (cartes, mentions d’évènements passés…).

Or, proposer un contenu et une forme de document les plus pertinents possible pose alors la question de la technicité requise de la part de leurs auteurs. Les collectivités ne possèdent pas toujours les compétences nécessaires pour réussir un tel exercice, ou les moyens de faire appel à un bureau d’étude spécialisé.

Comment juger de l’efficacité de l’information préventive et l’améliorer ?

(Figure 1) Grille d’indicateur créée dédiée à l’évaluation des cartes présentes dans le document / Exemple d’une grille d’indicateur élaborée ©Ferrer

Des recherches ont été menées par l'INRAE (UMR RECOVER) pour évaluer et améliorer l’information préventive, en se penchant sur le cas du DICRIM.

Une thèse a conduit au développement d’un modèle d’aide à la décision et d’un logiciel prototype, Effi-DICRIM. Celui-ci permet à l’aide de grilles d’indicateurs, d’évaluer un DICRIM existant

Il s’agit notamment de travaux de thèse (Ferrer, 2018) (financement INRAE et Région SUD) qui a conduit au développement d’un modèle d’aide à la décision et d’un logiciel prototype, Effi-DICRIM. Celui-ci permet à l’aide de grilles d’indicateurs, d’évaluer un DICRIM existant, et ses différentes rubriques, tant sur sa forme que sur son contenu et de proposer des actions correctives. Les grilles ont été formalisées à partir de la loi, de la littérature, d’avis de spécialistes et de résultats d’enquêtes quantitatives et qualitatives. Les indicateurs évaluent le document dans son ensemble (format de présentation A4, A5…) ainsi que ses rubriques (édito du maire, description des risques, kit d’urgence…) (Figure 1).

L’évaluation d’un DICRIM avec cet outil prend en moyenne une heure. Les indicateurs utilisent tous une même échelle de notes de 0 à 10. Ils permettent également de proposer une action correctrice pour que la note puisse être ramenée à 10. Cet outil présente l’avantage de pouvoir être mis en œuvre quel que soit le DICRIM à évaluer sans qu’il ne soit nécessaire de faire appel à des moyens spécifiques ou compétences très particulières pour l’utiliser. Le modèle possède par ailleurs des composantes génériques facilement applicables à d’autres types d’outils de communication sur les risques.

(Figure 2) Exemple d’affiche pour une commune soumise à quatre risques naturels (inondation, feu de forêt, séisme et tempête) et deux risques technologiques (transport de matières dangereuses et rupture de barrage) / Affiche multi-risques de consignes de sécurité © INRAE (Unité RECOVER)

Dans la continuité de ces travaux, le projet PITI – Effi-DICRIM (financement INRAE) a permis de proposer deux nouveaux outils.

Une maquette de DICRIM a été élaborée : il s’agit d’une trame que les communes pourraient directement compléter en fonction des risques présents sur leur territoire et de l’organisation pour y faire face. Ainsi, la maquette propose un modèle de présentation (indications sur la longueur et le format du document, taille et police de caractères, couleur…), un guide sur la longueur des paragraphes, des types de photo préconisés, une description courte des risques… Ceci a pour but de faciliter la réalisation d’un nouveau document. L’adoption d’un format unique permettrait aussi de créer une familiarité chez le lecteur facilitant l’appropriation des informations s’il change de ville.

Le deuxième outil est une affiche à destination du « grand public » sur la reconnaissance des sirènes (début et fin d’alerte), les consignes de sécurité à tenir, la liste des numéros d’urgence et le kit d’urgence (Figure 2). En effet, si le DICRIM peut tout à fait permettre aux personnes de prendre conscience des risques, d’apprendre à mieux les connaitre ou de ne pas oublier qu’ils existent, il semble pourtant difficile d’imaginer qu’il leur permettra de connaitre les bons gestes en cas de phénomène du fait de nombreuses consignes à connaître, actuellement listées pour chaque phénomène dans le document. Cette affiche synthétique (format A4) pourrait être annexée au DICRIM, sous la forme d’une page détachable à scotcher ou aimanter. Il serait également pertinent qu’il soit consultable sur internet et/ou en version mobile (ex. QR code) pour faciliter son accès en situation de crise.

Le projet PITI Effi-DICRIM a permis de proposer deux nouveaux outils : une maquette de DICRIM et une affiche à destination du « grand public »

Une enquête envoyée à l’ensemble des communes de la région Sud - Povence-Alpes-Côte d'Azur (environ 950 communes) courant 2020 a permis d’établir que les trois outils (logiciel prototype, maquette DICRIM, affiche) ont suscité l’intérêt des 112 répondants (les communes ont été fortement mobilisées en 2020 par la crise COVID19 et les élections municipales). Certains se sont portés volontaires pour une mise en œuvre à titre expérimental.

Quelles perspectives pour l’information préventive en France ?

Tout d’abord se pose la question autour du maintien, en France, de deux outils : le DICRIM sous l’égide du ministère de la Transition écologique et le PFMS qui est d’ores et déjà un document unique, fourni par le ministère de l’Intérieur. Si le DICRIM est plutôt dédié à la prévention des risques et le PFMS à la gestion de la crise, les fonctions des deux documents sont finalement assez similaires et il semble superflu de conserver les deux (coût budgétaire plus conséquent). Le PFMS possède cependant des rubriques à compléter par le foyer. L’efficacité de cette « communication engageante » qui rend le lecteur actif, a été démontrée pour capter l’intérêt des personnes. Il serait donc pertinent de proposer un document combiné, à la présentation commune à chaque ville et fourni aux collectivités par l’État (ex. la maquette proposée précédemment), et comprenant des rubriques engageantes sur le même principe que le PFMS.

(Figure 3) Nuage de mots / Représentation de ce qu’implique la communication préventive sur les risques majeurs destinées au grand public ©Ferrer

Pour être pertinente et efficace, la sensibilisation aux risques par l’information préventive doit être abordée sous différents angles de formes, contenus et diffusion.

L’une des problématiques liées à la non-efficacité du DICRIM et des autres dispositifs de communication préventive, réside tout simplement dans le fait qu’ils ne sont pas suffisamment mis à la disposition du public. Pour que cette communication fonctionne, il est donc très important de veiller à ce qu’elle soit diffusée le plus largement possible, via différents canaux (courrier, mail, internet, réseaux sociaux…), avec des rappels réguliers dans le temps. En outre, pour être pertinente et efficace, la sensibilisation aux risques par l’information préventive doit être abordée sous différents angles, à l’aide de différents dispositifs dont les formes, contenus et diffusion seront considérés avec une grande attention (Figure 3).

C’est la conclusion à laquelle est parvenue la mission très récente portée par Frédéric Courant et son équipe, dédiée à l’information sur les risques majeurs. Ce constat leur a permis de lister un ensemble de recommandations en matière d’information préventive auxquelles on ne peut qu’adhérer, pour que celle-ci vise enfin à dédramatiser, former (les habitants mais aussi les maires en charge de la prévention des risques sur leur commune), éduquer et innover (Courant, 2021).

 

BIBLIOGRAPHIE

F. Courant, 2021, Rapport final de missions sur la transparence, l’information et la participation de tous a la gestion des risques majeurs, technologiques ou naturels, n° 013606-01, ministère de la Transition écologique et solidaire

L. Ferrer, 2018, Évaluation de l’efficacité de l’information préventive sur les risques majeurs destinée au grand public : Application au DICRIM, Mémoire de thèse, Aix-Marseille Université.

National Research Council: Improving Risk Communication, The National Academies Press, Washington, DC, 352 pp., doi:10.17226/1189, 1989.

 

// Cet article fait partie de la version extensive du Risque Infos n°43 sur le Web (le lire en PDF), il poursuit le dossier spécial sur l'information préventive de la revue papier que vous pouvez lire ici :



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