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Il n’est jamais trop tôt pour apprendre à connaître les crues torrentielles

| le 22-04-2015 | par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 2934 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Il n’est jamais trop tôt pour apprendre à connaître les crues torrentielles
Visite du Nant Pottier par des élèves de l'école du Val des Roses (Albertville - 73) © Photothèque IRMa / Sébastien Gominet

La ville d’Albertville est entourée de montagnes et donc de torrents… C’est à partir de cette simple constatation et de la nécessité d’informer les habitants sur le sujet que la mairie et l’école du Val des Roses ont décidé de mette en place un projet pédagogique sur le sujet au cours de l’année scolaire 2014/2015. Ce projet, réalisé dans le cadre du concours national Mémo'Risks « Ma Ville se Prépare » et de l'appel à projet "L'eau d'en Haut" porté par l'Assemblée de Pays Tarentaise Vanoise, mêle travail en classe et sorties sur le terrain et permettra aussi d’aborder les risques liés à la rivière Isère et au barrage de Tignes. Les élèves connaîtront ainsi mieux l’environnement qui les entoure et dans lequel ils vivent au quotidien…

Après avoir réalisé eux-mêmes un micro trottoir auprès des albertvillois, les élèves de la classe de CM1/CM2 de Marie Dufourmentel sont allés sur le terrain découvrir deux torrents : le Nant Pottier qui traverse une partie de la ville d’Albertville et le torrent de la Gruvaz sur la commune de Cevins. Accompagnés par Olivier Cartier-Moulin, d’Astérisques Consultants, les élèves ont pu rencontrer Jean-Louis GOMEZ, des services techniques de la ville d’Albertville et Didier Wasak, du service de Restauration des Terrains en Montagne de la Savoie.

Pour en savoir un peu plus sur ce projet, nous avons posé quelques questions à Marie Dufourmentel, institutrice à l’école du Val des Roses, et Olivier Cartier-Moulin, d’Astérisques Consultants.

 

Pourquoi avoir choisi de travailler sur le thème des risques naturels et technologiques au cours de cette année scolaire ?

Marie Dufourmentel : nous avons l'habitude de travailler sur de gros projets concernant le patrimoine ; un projet mêlant sciences et histoire locale nous intéressait grandement. C'est grâce à Olivier Cartier-Moulin que nous avons pu prendre connaissance de ce projet spécifiquement.

 

Pensez-vous que c’est un thème anxiogène pour les élèves ?

Marie Dufourmentel : c'est en tout cas un thème qui les questionne beaucoup ! Nous avons tout fait pour que cela ne le soit pas : les préparer au mieux pour la simulation d'évacuation et surtout les informer au mieux sur la réalité des risques et ce qui est mis en place pour les prévenir ; maîtrisant mieux le sujet, ils ont été rassurés et ont pu également rassurer et informer leurs proches ; par contre, ils sont toujours avides d'images montrant des crues, des inondations, des ruptures de barrage, car cela reste très impressionnant pour eux !

 

Quel était leur niveau de connaissance sur les phénomènes de crues torrentielles avant de commencer ce travail en classe ?

Marie Dufourmentel : le niveau de connaissances était quasi néant sur le sujet ; ils étaient plutôt au courant de ce qui concernait les ruptures de barrages, mais ne s'étaient jamais interrogés sur les crues ou les inondations malgré le fait que l'Arly traverse la ville ! Un tel projet était donc très intéressant à mener !

 

Comment se répartit le travail sur l’année, quelles sont les différentes actions mises en œuvre ?

Olivier Cartier-Moulin : le travail se déroule en plusieurs phases entre Janvier et Mai. Etant données les conditions climatiques du mois de Janvier, nous avons commencé par une intervention en classe qui a permis de bien définir les risques majeurs en général et le risque de crue torrentielle en particulier, sur la base du DICRIM de la ville et de diverses expositions crées par les collectivités sur les risques majeurs et l'endiguement des rivières.

Marie Dufourmentel : en amont de ces interventions, nous avions déjà travaillé à partir du site « quand la terre gronde » réalisé par l’association « la main à la pâte » (http://www.fondation-lamap.org/fr/risques), pour que les élèves ne soient pas dans la méconnaissance totale du sujet et qu'ils aient déjà acquis un certain vocabulaire.

Olivier Cartier-Moulin : les enfants ont également travaillé sur une enquête et ont élaboré un questionnaire pour interroger leur entourage sur le sujet des risques et de leur prévention à Albertville. Cette enquête a permis de réunir plus de 120 réponses.

Marie Dufourmentel : à partir des résultats du questionnaire nous avons élaboré des statistiques et avons ensuite préparé un micro-trottoir avec Nadège Broche, réalisatrice. Les élèves avaient travaillé avec elle les techniques de l'interview et l'intérêt des questions ouvertes. Le micro-trottoir était directement en lien avec le questionnaire de l’enquête et a été réalisé dans le quartier. Nadège reviendra par la suite travailler avec les enfants sur les techniques du montage en classe. Le film réalisé sera mis en ligne sur le site de la mairie pour informer la population sur les risques et leur prévention ; le but est d'être plus clair, plus simple, plus compréhensible pour tout un chacun par rapport au DICRIM et à la difficulté de l'appréhender.

Nous avons aussi écouté les différents systèmes d'alerte un mercredi midi (corne de brume et sirène) et avons fait une simulation d'évacuation en cas de rupture de barrage, chronométrée. Les élèves savent désormais quel endroit rejoindre en cas de problème ! Cela a peut être été la sortie la plus anxiogène !

Enfin à chaque nouvel événement concernant le projet, les élèves écrivent un article remis au Dauphiné Libéré dont nous sommes partenaires. Nous avons également préparé un vernissage avec la mairie qui aura lieu le 5 mai pour présenter l’ensemble du travail réalisé par les élèves.

 

L’objectif de ce projet est-il aussi de toucher les parents ?

Olivier Cartier-Moulin : bien sûr ! Par cette action, on espère toucher les parents, la famille, l'entourage proche par le biais des enfants. De plus, chaque phase du projet fait l'objet d'un relais par voie de presse qui permet aussi de toucher la population locale, le grand public. Et ça marche ! En partant de l'école pour la sortie sur le terrain ce matin, nous entendions des lycéens discuter des sirènes utilisées pour alerter la population des risques liés aux barrages... preuve que l'information circule au moins dans les familles !

Marie Dufourmentel : le projet touche les parents dans le sens où les enfants sont tellement motivés qu'ils informent réellement leur famille ; on peut espérer que les différentes infos soient également relayées par ce biais. En tout cas, les parents connaissent maintenant beaucoup plus de choses sur les risques et en sont ravis ! Et puis il ne faut pas oublier que ce projet met en avant leurs enfants et leur travail, ce qui est plutôt valorisant pour le quartier. Les parents ont de quoi être fiers de leurs enfants !

 

Finalement, n’est-il pas possible de faire des maths, du français, de l’histoire, des sciences de la vie et de la terre, des activités manuelles et artistiques et même des sports d’endurance à partir du thème des risques naturels et technologiques ?

Marie Dufourmentel : tout est envisageable ! Le travail sur le questionnaire a permis de travailler les maths, les statistiques, les pourcentages, et les différents diagrammes et graphiques. L'ensemble du projet permet de travailler plusieurs aspects concernant la langue française, puisqu'à travers l'écriture on travaille tout, de l'orthographe à la grammaire, en passant par le vocabulaire et la conjugaison !

Les sciences et technologies sont bien sûr aussi travaillées à travers ce projet et avec elles, la partie concernant le développement durable par extension (énergie hydraulique, électrique, travail sur l'eau en général, notamment sur les pays qui n'ont pas accès à l'eau potable aussi facilement que nous).

L'informatique aussi, car nous l'utilisons pour communiquer, rédiger les articles à faire passer, et l'histoire locale qui est travaillée à travers les aménagements humains réalisés et leur intérêt pour la commune. Enfin, les compétences transversales sont également travaillées : confiance en soi, respect de l'autre et de son environnement, solidarité. Bref, c’est un projet très riche !

Si nous avions le temps, nous pourrions également travailler les arts visuels autour de l'eau (rouille, camaieux de bleus, …), mais les différents projets ont été trop chronophages pour en avoir le temps cette année. On pourrait aussi travailler à améliorer l'utilisation de l'eau à l'école et mettre en place avec les enfants des choses pour récupérer l'eau de pluie pour les wc…

Il faut aussi avouer que la perspective de participer à un concours national et d'aller peut être à Paris ravit les élèves qui, pour la plupart, vue les conditions socio-économiques, n'ont jamais pris le train et ne s'y sont jamais rendu.

 



Commentaires »

(22/04/2015 17:54)
magnifique travail ou comment apprendre au travers de projets qui s'avèrent en plus utiles à toute la communauté... Bravo à tous, élèves, intervenants, et à la maitresse bien sûr...



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