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« Les pieds dans l’eau » : petite Histoire du risque inondation à Lyon et sensibilisation du grand public

Le 23-02-2022 | Par Céline Lestievent & Claire Déglise & Jean-Paul Bravard | 2763 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
« Les pieds dans l’eau » : petite Histoire du risque inondation à Lyon et sensibilisation du grand public
Vues de l’exposition Les pieds dans l’eau © musée d’Histoire de Lyon - Gadagne

[Entretiens] Coup d'oeil sur la nouvelle exposition permanente « Les pieds dans l'eau » du musée Gadagne de Lyon, qui s’adresse particulièrement aux familles et aux jeunes enfants, en leur proposant un grand récit poétique et écologique pour comprendre notre rapport à la rivière et au fleuve : comment les Lyonnais et Lyonnaises ont vécu avec leurs cours d’eau, cherchant à vivre de leurs ressources, à en maîtriser les dangers jusqu’à les dompter et les exploiter, pour finir par prendre conscience de la nécessité de respecter la nature et de trouver un nouvel équilibre pour préserver la ressource en eau.

Pourquoi avoir choisi le titre « Les pieds dans l’eau » pour cette exposition ? Que souhaitez-vous y explorer et transmettre ? Pourquoi avoir orienté cette exposition sur le public jeunesse ?

C. Déglise : Le musée a choisi ce titre pour plusieurs raisons. Cela renvoie tout d’abord à une réalité paysagère historique désormais un peu oubliée. Comme on le voit sur de nombreux tableaux figurant la ville en bords de Sâone, les maisons constituaient jusqu’au lendemain de la révolution un front bâti « les pieds dans l’eau », entrecoupé de ports plus ou moins aménagés ou de grève de sable. Autre raison, il s’agit pour nous d’attirer l’attention dès le titre sur la connotation jeune public de cette exposition.

Un grand récit poétique et écologique pour comprendre notre rapport à la rivière et au fleuve

En effet, « les pieds dans l’eau » s’adresse particulièrement aux familles et aux jeunes enfants, en leur proposant un grand récit poétique et écologique pour comprendre notre rapport à la rivière et au fleuve : comment les Lyonnais et Lyonnaises ont vécu avec leurs cours d’eau, cherchant à vivre de leurs ressources, à en maîtriser les dangers jusqu’à les dompter et les exploiter, pour finir par prendre conscience de la nécessité de respecter la nature et de trouver un nouvel équilibre pour préserver la ressource en eau.

Il était pour nous essentiel de rendre accessible ce discours aux nouvelles générations. L’une de nos préoccupations tout au long de la préparation de cette exposition a été de trouver le ton juste dans la mise en forme de nos messages pour ne pas tomber dans un discours moralisateur et démoralisant. C’est ainsi que nous avons choisi comme fil rouge l’écriture d’un conte poétique et mystérieux dans lequel deux enfants « frérôt et soeurette » rencontrent l’esprit du fleuve.

Maîtriser les dangers jusqu’à les dompter et les exploiter, pour finir par prendre conscience de la nécessité de respecter la nature

Plus largement, il s’agit de donner aussi matière à comprendre aux adultes, car cette exposition permanente est le deuxième volet d’une refonte totale de notre parcours permanent, qui a pour objectifs d’attirer de nouveaux publics, se recentrer sur les enjeux contemporains et de faire du musée Gadagne un lieu qui s’inscrit dans son territoire permettant aux habitants de mieux comprendre la ville.


Inondations de Lyon en 1856, 1856, estampe (reproduction), musée d’histoire de Lyon – Gadagne, inv. 53.1011 - Le 31 mai 1856 Lyon connaît une de ses plus terribles inondation. La digue de la Tête d’Or cède et une vague puissante submerge la rive gauche. Les quartiers de la Guillotière et des Brotteaux sont dévastés.

Comment et avec qui a été conçue cette exposition ? Avez-vous travaillé avec des spécialistes ? 

C. Déglise : Cette exposition est d’abord conçue et portée en interne par un petit groupe projet « multiprofessionnel », alliant collègues de conservation, collection, médiation et exposition.

Ensuite, pour nous aider à adapter aux enfants les messages et jeux proposés dans l’exposition, et pour cerner les représentations préalables des habitants sur leur rapport aux fleuves, une quarantaine de rencontres avec des familles ont été menées dans l’espace public pendant l’été 2019, ainsi qu’une classe-test menée pendant une année scolaire et une dizaine de séances test et prototypes avec des familles volontaires.

Enfin, pour nous immerger dans les enjeux environnementaux et écologiques contemporains et comprendre les grandes problématiques qui se posent autour des fleuves à Lyon et sur le territoire métropolitain, une trentaine d’entretiens ont été menés avec des experts et scientifiques reconnus : Jean-Paul Bravard, géographe, André Vincent, ethnologue, Jean-Michel Olivier, écologue, Elisabeth Sibeud (Directrice du service études de la direction de l'eau du Grand Lyon), Olivier Pilonel (chargé de mission Ville et Fleuves, Service Etudes Urbaines et Prospective Territorial) et Anne Clément (Directrice de la ZABR - Zone atelier bassin du Rhône))

Une exposition conçue avec des experts reconnus [qui] ont mis en évidence l'actualité du risque inondation, loin de disparaitre dans le contexte du changement climatique

Tous ont apporté des connaissances précises et des points de vue multiples sur le temps long et sur les enjeux contemporains. Ils ont mis en évidence l'actualité du risque inondation, loin de disparaitre dans le contexte du changement climatique, et l’enjeu de réfléchir à un urbanisme nouveau qui prenne en compte l'infiltration de l'eau (concept de ville-éponge).

Aussi, des acteurs locaux, comme le SMIRIL (Syndicat Mixte du Rhône des Iles et Lones) et l'EPTBSD (EPTB Saône et Doubs) ont apporté leur connaissance du terrain. Franck Weingertner (coordinateur du contrat Saône et chargé de mission Saône aval Ain-Rhône) a insisté sur le fonctionnement des champs d’expansion des crues naturelles en amont de Lyon sur la Saône, et leur importance en terme de refuge pour une biodiversité particulière. Il a pu témoigner de la culture du fleuve et de la conscience des inondations chez les habitants de ces territoires en amont de Lyon et de l'adaptation des cultures et de l'urbanisme par rapport à cette réalité naturelle.

La richesse de ces apports s’est concrétisée à travers une première valorisation dans l’exposition (des objets exceptionnels et atypiques prêtés par une dizaine de musées ou associations, tel l’Union des jouteurs et sauveteurs de la Mulatière ou l’ancien musée Escale Rhône ; deux bornes diffusant une trentaine de vidéos d’archives, de témoignages, ou didactiques)


Vues de l’exposition Les pieds dans l’eau © musée d’histoire de Lyon- Gadagne

Visite de l'exposition Les Pieds dans l'eau © MHL-Gadagne, Photo Muriel Chaulet, 2021
 

Enfin, des nouveaux partenariats ont été tissés sur le territoire, qui viennent enrichir la programmation culturelle et l’offre de médiation du musée sur la thématique Rhône/Saône.

L’exposition souhaite plonger le visiteur dans différentes époques pour leur faire vivre ce qu’était la vie à Lyon dans le passé. Quels dispositifs participatifs ou d’immersion servent cette expérience concernant le risque inondation ?

C. Déglise : Grâce aux dispositifs participatifs et scénographiques imaginés dans notre troisième grande salle, la problématique du risque inondation est abordée de plusieurs manières.


Vues de l’exposition Les pieds dans l’eau © musée d’histoire de Lyon- Gadagne

Cette salle évoque comment dans le passé, les Lyonnais ont dû composer avec les contraintes de la vie au bord de l’eau et sur un site de confluence. Puis comment au cours du 19e siècle, les caprices et dangers des cours d’eau n’ont plus été acceptés et ont été maitrisés grâce aux nouvelles techniques d’aménagement.

Des dispositifs participatifs et scénographiques pour aborder le risque inondation de plusieurs manières

Ainsi, au plus près des tableaux exposés, le visiteur peut éprouver presque physiquement les dangers de cette vie « les pieds dans l’eau ». Ensuite, grâce à un témoignage d’un personnage fictif du 19e siècle et des objets de mariniers, il saisit les difficultés encourues par ces hommes et tous les rituels de protections convoqués. Enfin, le visiteur peut voir une série de tableaux montrant les premiers aménagements (digues, quais et bas-ports) et une très belle maquette d’un remorqueur « le Pilat » montrant les conséquences de ces aménagements sur les paysages et sur la navigation.

Le visiteur peut éprouver presque physiquement les dangers de cette vie « les pieds dans l’eau »

Associés à cette salle, un dispositif interactif de manipulation a été créé par le collectif CEVE [1], pour faire expérimenter aux publics de manière ludique et sensible les différentes façons que Lyon a, hier et aujourd’hui, mis en place, pour se protéger de ce risque d’inondations.

Une grande maquette sur laquelle circule de l’eau, représentant Lyon et ses cours d’eau, propose 4 scenariis différents : en choisissant et plaçant des pièces de puzzle sur la maquette, l’enfant imagine comment protéger au mieux la ville des inondations. Faut-il installer des digues ? et/ou laisser des zones d’expansion de crues ? Il expérimente ensuite les effets de ses constructions : quelles répercutions y a-t-il en amont et en aval ? Le risque 0 existe-t-il ?

Lyon, se situe à la confluence du Rhône et de la Saône. Qu’a cette spécificité topographique/géographique, dans l’histoire de Lyon ?

J.P Bravard : Au fil de son histoire, Lyon a eu des rapports diversifiés avec ses cours d’eau, en fonction des étapes successives de sa croissance et, très tôt, des effets de changements climatiques. Les premières occupations significatives datant du premier âge du Fer ont été récemment découvertes dans la plaine de Vaise ; elles ont vieilli l’histoire urbaine de Lyon. Les Celtes ont précédé la création de la colonie romaine de Lugdunum fondée en 43 avant J.-C. De la colline de Fourvière, le bâti gallo-romain est descendu à l’emplacement de ce qui sera le noyau médiéval des quartiers Saint-Paul et Saint-Jean, la Presqu’île étant aussi de construction gallo-romaine. Deux ponts ont assuré le franchissement du Rhône et permis l’urbanisation systématique de la rive gauche en territoire dauphinois surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle. 

Le risque a affecté la plus grande partie de la commune de Villeurbanne ; à Lyon, la rive gauche : Les Brotteaux, La Part-Dieu, La Guillotière et Gerland ; la Presqu'île et la rive droite de la Saône (de Saint-Paul à Saint-Jean et Saint-Georges), entre 1300 et 1856

Quelques découvertes ont permis de documenter la genèse des quartiers inondables de Lyon et leur sensibilité vis-à-vis du risque d’inondation. Le sous-sol alluvial a été construit en graviers et galets par les sables et galets des deux cours d’eau, puis exhaussées par des limons de crue et des remblais. Au premier âge du Fer (vers 800-400 avant J.-C.) les chenaux multiples du Rhône ont exhaussé le soubassement de la Presqu’île dans une période de crues et de fort transport solide. Pour des raisons inverses, les lits du Rhône et de la Saône se sont creusés entre La Tène (400 avant J.-C.) et le bas Moyen-Âge (vers 1300 après J.-C.), leurs sinuosités balayant une partie de la plaine. Cette histoire explique la sensibilité particulière de la rive gauche du Rhône (quartiers des Brotteaux, de la Guillotière et de Gerland par exemple) aux inondations.


Simon Maupin, Description au naturel de la ville et du paysage alentour d’icelle, estampe, 1713, reprise du plan original de 1694-1695 (reproduction) © Musée d’histoire de Lyon – Gadagne, inv. SN 71 - Fleuve imprévisible, le Rhône redessine sans cesse son lit à l’intérieur de la ville, formant des lônes, des îles et des marécages. Cela le rend très difficile à franchir jusqu’au 19e siècle.  

Le risque a affecté tous les quartiers de la plaine alluviale du Rhône et de la Saône, soit la plus grande partie de la commune de Villeurbanne (Croix-Luizet, La Doua et Charpennes) et, à Lyon rive gauche, Les Brotteaux, La Part-Dieu, La Guillotière et Gerland; la Presqu'île » entre Rhône et Saône, et la rive droite de la Saône (de Saint-Paul à Saint-Jean et Saint-Georges), entre 1300 et 1856 par la recrudescence des crues et inondations sous contrôle climatique, avec des descentes d’air froid polaire et de fortes précipitations de saison chaude (crues du Petit Âge Glaciaire (PAG)).

Le risque inondation a été une composante à laquelle les hommes ont dû s’adapter. A quel moment de l’histoire de la ville de Lyon sont apparues les premières actions pour domestiquer le Rhône et la Saône pour réduire ce risque ? Et comment ?

J.P Bravard : On sait fort peu de choses sur la protection des bas quartiers de Lugdunum pendant l’Antiquité ; il s’agissait tout au plus de quelques digues et protections de berges. En revanche, les premières crues du PAG se sont concrétisées par l’adaptation du nouveau pont de la Guillotière à l’élargissement naturel du lit du Rhône et à l’exhaussement de ses alluvions caillouteuses ; de même, la muraille défensive construite le long du Rhône pouvait aussi protéger la Presqu’île. Les crues affectaient les bas quartiers non protégés, comme en 1812. En rive gauche du Rhône, une ceinture de forts à usage militaire fut construite à partir de 1830 ainsi qu’une levée de terre destinée à protéger le terrain militaire de la Doua. La crue de 1840 perça cette dernière ligne et inonda la rive gauche. La levée fut à nouveau percée par la grande crue de mai 1856 qui provoqua la destruction d’un important bâti civil.

 Ces dégâts répétés conduisirent à la mise en œuvre de mesures fortes telles que :

1) la protection des vastes espaces inondables par le Rhône à l’amont de Lyon (pour atténuer le pic de la crue) ;
2) la construction d’une digue empierrée continue en rive gauche du Rhône entre le quartier villeurbannais de Cusset et celui de Gerland (pour éviter les destructions directes dues aux débordements ;
3) La protection des espaces inondables de la Saône à l’amont de Lyon. Ces anciennes modalités de gestion tenaient compte du rôle croissant de la ville de Lyon dans l’économie du pays. Elles sont toujours d’actualité à l’amont de Lyon mais la gestion de l’aval a été quelque peu oubliée…


Jean-Raymond-Hippolyte Lazerges, Napoléon III visitant les inondés de juin 1856, huile sur bois, juillet 1856 © musée d’histoire de Lyon – Gadagne, inv. 45.2 - L'empereur Napoléon III, à cheval, au milieu d'une foule éplorée, des maisons en ruine dans le quartier de la Guillotière ou des Brotteaux, dans le fond, la colline de Fourvière.Il s’agit d’exposer les conséquences désastreuses de la crue de 1856 qui ont attiré l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de mettre en œuvre une politique d’aménagement du territoire.

Aujourd’hui, à Lyon, le risque inondation a été pris en compte dans l’aménagement de la ville, mais cela n’exclut pas tout risque. Qu’en est-il de la protection face au risque d’évènement extrême ?

J.P Bravard : La crue de 1840 (crue dominée par la Saône) et celle de 1856 (crue dominée par le Rhône, considérée comme la crue de référence à Lyon et sur le Rhône) ont une période de retour proche du siècle. Celle de 1856 a noyé la rive gauche sous une hauteur voisine de 1 m, avec des courants rapides qui ont détruit des centaines de maisons construites en terre et causé la perte de 18 personnes à La Guillotière.

Les crues survenues après celle de 1856, les dernières étant celles de 1955 et 1957, ont eu un débit plus faible ; jusqu’à présent elles ont été très bien contenues entre les digues édifiées dans les années 1860. Les 60 dernières années ont été calmes, ce qui peut procurer un sentiment de sécurité trompeur.

La crue de 1856 dominée par le Rhône, considérée comme la crue de référence à Lyon et sur le Rhône, a noyé la rive gauche sous une hauteur voisine de 1 m, détruit des centaines de maisons construites en terre et causé la perte de 18 personnes à La Guillotière.

La ville de Lyon reste cependant sous la menace de crues complexes et longues (celles de 1840 et 1856 furent provoquées par des pluies océaniques et méditerranéennes), susceptibles de saturer le substrat caillouteux de la ville et de remonter sous pression dans les caves et les rues, voire par des réseaux anciens abandonnés (égouts).

Le barrage de Pierre-Bénite, construit en 1965 par la Compagnie Nationale du Rhône, est géré en basses eaux de manière à remonter à l’aval le plan d’eau de la Saône et du Rhône et à ralentir le courant. Le niveau des crues est au contraire abaissé par l’ouverture des vannes du barrage et grâce au dragage du chenal dans la traversée de la ville. La vitesse du courant de crue est accélérée et le niveau monte peu. Le récent aménagement des berges de la rive gauche prend en compte le risque de débordement sur les quais.

Les grandes crues, lorsqu’elles se produiront à nouveau, rempliront entièrement le lit endigué, au même niveau que la crue de 1856. La prudence s’impose donc ! D’autant plus que la stabilisation artificielle du plan d’eau des cours d’eau dans la ville, outre l’absence de fortes crues, donne une fallacieuse impression de stabilité permanente, y compris au fil de l’année.

Photos de la crue et inondation de 1856 - fonds Froissart © Archives municipales de Lyon (Cliquez pour agrandir)

[Inondation de la Saône, à Lyon : montée des eaux : pont du Change, pont La Feuillée (1911-1912), passerelle Saint-Vincent ; quai de Bondy et place de l'ancienne Douane ; colline de la Croix-Rousse avec église et couvent des Chartreux en arrière plan, vers mai 1856 : contretype d'une épreuve / d'après un cliché Louis Froissart]
[Inondation de la Saône, à Lyon : montée des eaux : quai Saint-Antoine et quai des Célestins : vue prise depuis un immeuble de l'allée marchande, en direction du sud, 19 mai 1856 / cliché Louis Froissart]
 
[Inondation du Rhône, à Lyon : montée des eaux et dégâts : vue prise depuis l'angle du chemin de Ceinture et du cours H. Vitton, 31 mai 1856 ; cheminée d'usine / cliché Louis Froissart]
[Inondation du Rhône, à Lyon : dégâts : vue prise depuis le cours Bourbon, près de la rue F. Rabelais ; à gauche, au fond, monument aux victimes du siège de Lyon (Cl.E.B. Cochet architecte ; 1819-1821 ; démoli en 1906), 5 juin 1856 / cliché Louis Froissart]
 

[Inondation du Rhône, à Lyon : dégâts : vue prise depuis le cours Bourbon, 6 juin 1856 : contretype / d'après un cliché Louis Froissart]

Avec le changement climatique, la pandémie, les villes s’orientent vers des démarches pour redonner de la place à la nature en ville. Comment ou par quel dispositif cette démarche est-elle menée à Lyon ?

J.P Bravard : En réaction à la période du tout automobile matérialisée par la construction de la barrière de l’axe nord-sud et la multiplication des places de parking et de silos de parkings inondables sur les bas ports, la démarche lyonnaise de retour au fleuve est lancée au début des années 1980. Le premier Plan Bleu est lancé. Cette démarche a été jalonnée d’actions concrètes telles que l’ouverture de parcs ouverts sur le Rhône (La Feyssine à Villeurbanne et Gerland près de la confluence), la belle réfection des quais de la rive gauche du Rhône puis de ceux de la Saône, le travail sur les liaisons entre les denses quartiers anciens et l’espace aquatique, etc. Cette dynamique traduit une sensibilité nouvelle, largement partagée par les villes mondiales, à l’égard de l’image de la ville fluviale et de la demande sociale orientée vers des loisirs en contact rapproché avec l’élément liquide. La forte fréquentation des berges est révélatrice du succès de cette politique et de l’attractivité manifestée au profit de nouveaux modes de mobilité urbaine.

Les orientations innovantes de la nouvelle majorité écologiste de la Métropole de Lyon sont en revanche tournées vers la nécessité de répondre au défi du réchauffement climatique. Ses corollaires sont la faiblesse des précipitations, l’augmentation de l’évaporation et l’augmentation des pics de chaleur. La place de l’arbre dans la ville, l’adaptation de l’architecture, la réduction de la circulation automobile et de la pollution atmosphérique sont placées au premier rang de la politique urbaine, sans que ces objectifs contredisent le retour aux cours d’eau.

Comment l’exposition fait s’interroger le visiteur sur une ville plus résiliente ?

C. Déglise : L’exposition, dans sa dernière salle, s’ouvre sur un grand diorama, décor hyperréaliste représentant une lône contemporaine : on y retrouve la végétation et les animaux emblématiques de cet écosystème, installés au centre d’un paysage montrant les pressions humaines sur le milieu naturel du fleuve (usines, barrages, tuyaux d’irrigations). D’un premier regard, le visiteur est interpellé sur la fragilité de notre écosystème et la nécessaire recherche d’équilibre à retrouver entre l’eau et la ville. Autour de ce dispositif sensible, un jeu de puzzle sonore pour les enfants, deux schémas pour les adultes, et une série de vidéos consultables sur borne permettent d’approfondir la question. Pour finir le texte de conclusion donne le ton : autour de trois bouteilles d’eau projetant l’évolution de la baisse du régime d’écoulement du Rhône à l’horizon 2050, il insiste sur les enjeux vitaux de la sobriété et de la préservation de ce patrimoine précieux.


Visite de l'exposition Les Pieds dans l'eau © MHL-Gadagne, Photo Muriel Chaulet, 2021

[1] CEVE. La sensibilisation à la gestion des cours d’eau. http://ceve-eau.fr/sensibilisation-a-la-gestion-des-cours-deau/

 

En savoir plus :

> Exposition « Les pieds dans l'eau : Vivre avec le Rhône et la Saône » - Musée d'Histoire de Lyon- Gadagne
https://www.gadagne-lyon.fr/mhl/les-pieds-dans-leau



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