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Retour sur la crue de l'Isère du 2 mai 2015, la plus importante observée à Grenoble depuis 1968 !

| le 09-05-2016 | par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 2895 vues | Recommander cet article |
Retour sur la crue de l'Isère du 2 mai 2015, la plus importante observée à Grenoble depuis 1968 !
l'Isère dans la traversée de Grenoble © Photothèque IRMa / Sébastien Gominet

A Grenoble, la dernière crue de l’Isère a été la plus importante de ces 40 dernières années. la rivière était impressionnante et en amont de la ville, une zone de travaux sur une digue a dû être rehaussée en urgence pour faire face au risque de surverse. Pour autant cette crue n’était pas exceptionnelle. C’est même la quatrième du genre en 15 ans… et on pourrait avoir bien pire ! Entretien avec Alain Gautheron, chef du Service de Prévision des Crues Alpes du Nord.

 

La crue du 2 mai 2015 ressemblait-elle aux crues de 2010, 2008 et 2001 ?

Alain Gautheron : Oui du point de vue des hauteurs d’eau et des débits observés à la station de Grenoble-Bastille on est dans la même gamme d’événement, même si c’est vrai que la crue du 2 mai 2015 était un peu supérieure, avec une hauteur de 3,38 mètres et un débit de 966 m³/s. Pour rappel en 2010 le débit de l’Isère était de 890 m³/s, en 2008 de 860 m³/s et en 2001 de 900 m³/s. Dans tous les cas, la hauteur d’eau observée à Grenoble était supérieure à 3 mètres.

En revanche cette crue de l’Isère a la particularité d’avoir été alimentée essentiellement par les précipitations tombées sur la Savoie, et plus particulièrement sur le bassin de l’Arly. Cette épisode a aussi concerné la Haute-Savoie avec une crue importante de l’Arve, plus particulièrement sur sa partie aval.

 

On parle pour ces quatre crues d’une fréquence de retour proche de la crue décennale, celles de 2008 et 2010 étant un peu en dessous, et celle de 2015 un peu au dessus. Est-ce important de connaître très précisément cette période de retour ?

Alain Gautheron : Effectivement, toutes ces crues tournent autour de la fréquence décennale Sur une longue période, elles reviennent en moyenne tous les 10 ans, mais rien empêche d’en observer deux sur deux années consécutives. Statistiquement, on a une « chance » sur dix d’observer un évènement plus fort tous les ans.

Nous avons besoin, nous spécialistes, pour avancer au mieux dans nos travaux, de les qualifier le plus précisément possible notamment pour le dimensionnement des projets de protection. Mais ces estimations restent des approches avec des incertitudes significatives sur les méthodes mais aussi les mesures sur lesquelles elles se basent. De manière courante, on estime la précision des débits à environ 5% mais en crue ces valeurs peuvent être bien plus importantes et parfois atteindre plusieurs dizaines de %.

Même si les travaux du Symbhi vont permettre d’améliorer la sécurité des biens et des personnes sur la vallée du Grésivaudan en amont de Grenoble quand ils seront terminés, il faut que les habitants de la vallée gardent à l’esprit que le risque restera présent par contre pour des crues très exceptionnelles (au-delà de la crue de projet et dans la mesure où l’entretien des aménagements est assuré dans le temps). Le risque inondation sera donc bien diminué mais pas supprimé.

 

Le samedi 2 mai à 16h00 le tronçon Isère amont est passé en vigilance orange sur le site Vigicrues, soit quelques heures après le pic de crue observé à Grenoble. Pourquoi « si tard » ?

Alain Gautheron : La crue de début mai 2015 est liée à deux épisodes pluvieux intenses. Le premier a eu lieu du jeudi 30 avril en soirée au samedi 2 mai vers 6 heures. Ces fortes précipitations sont à l’origine du pic de crue observé à Grenoble le samedi 2 mai vers midi (3,38 mètres et débit de 966 m3/s). L’Isère (nldr : la rivière) était passée en vigilance jaune pour les crues dès le jeudi 30 avril à 10h00 car l’épisode pluvieux a été très bien prévu et anticipé par Météo-France.

Un second épisode avec de fortes précipitations, et accompagné d’un redoux assez marqué, était prévu par Météo France à partir du samedi 2 en soirée. Des sols déjà bien saturés et l’ajout de la fonte de la neige en montagne nous ont fait craindre le pire. Malgré l’accalmie du samedi après midi, il a donc été décidé de passer en vigilance orange pour anticiper ce deuxième épisode pluvieux. Cet épisode a bien eu lieu mais il a été moins conséquent et surtout moins étendu géographiquement que prévu ce qui explique que l’Isère ne soit pas remonté le dimanche 3 mai jusqu’au niveau atteint la veille. Ce passage à l’orange concernait donc le deuxième épisode pluvieux, ce qui a été mal compris par beaucoup de gens. Mais on s’attendait bien le dimanche à pire que le samedi ! on voit bien les conséquences des deux épisodes pluvieux sur l’évolution des débits (cf. hydrogramme de la crue ci-desous).

crue isère 2015 SPC

 

On a donc frôlé une crue nettement plus importante et qui aurait pu causer des dégâts sérieux en amont de Grenoble ? 

Alain Gautheron : Il faut effectivement bien garder à l’esprit que si les prévisions de précipitations de Météo France avaient été justes, on aurait pu avoir une crue bien plus importante que celle du samedi à Grenoble . Encore une fois, on a eu de la chance, comme en 2008, et on n’est pas passé loin d’une crue aux conséquences plus importantes.

Il faut garder à l’esprit que, malgré les progrès récents en modélisation météorologique, les précipitations restent une des gandeurs les plus délicates à prévoir. Coté prévision des crues, nous ne sommes pas non plus très à l’aise avec ces épisodes pluvieux successifs accompagnés d’une limite pluie-neige fluctuante. Malgré les progrès, nos outils ont des limites et plus la crue sera importante et plus les incertitudes seront fortes. La vigilance crues reste un moyen d’anticipation et de mobilisation des acteurs sur des situations nécessitant une surveillance renforcée. Il s’agit d’anticiper au mieux la gestion de crise. Le risque de fausse alerte est donc forcément présent.

 

C'est la 4è crue importante en 15 ans à Grenoble, est-ce qu'on peut commencer à faire un lien avec le réchauffement climatique ?

Alain Gautheron : C’est difficile à dire et on n’a pas encore assez de recul statistique pour pouvoir affirmer cela à mon avis. Il est vrai qu’entre 1968 et 2001 on n’a pas eu de crue aussi importante que les 4 dernières qui se sont produites entre 2001 et 2015 mais il est vrai aussi que réchauffement climatique ou pas, une crue extrême du type de celle de novembre 1859 est toujours possible et qu’il faut s’y préparer.

 

Finalement, cette crue vous permet-elle de mieux connaître le fonctionnement de la rivière et de la comprendre totalement ?

Alain Gautheron : Oui bien sûr. Toutes les crues, nous permettent de progresser dans la connaissance et la compréhension du fonctionnement de la rivière. Mais elles nous réservent aussi des surprises. La crue de l’Isère en 2008 était liée à la crue de l’Arc, son affluent en Maurienne. Celle de 2015 a été cette fois ci liée à la crue de l’Arly son affluent plus au Nord. Chaque crue est spécifique et on on pourrait presque leur donner un nom comme pour les tempêtes et les cyclones. Notre problématique au Service de Prévision des Crues Alpes du Nord, c’est d’être capable de prévoir les crues de l’Isère suffisamment à l’avance pour fournir les informations nécessaires aux gestionnaires des digues et à la sécurité civile. Actuellement, nous comptons plutôt en heures pour les prévisions quantitatives mais notre objectif est bien d’arriver à 24 heures. Pour cela nous avons besoin de données pour affiner nos modèles et nos calculs et ces données, c’est la rivière qui nous les donne grâce à ces crues. Ce n’est qu’en la voyant fonctionner et en récoltant à chaque fois des données qu’on pourra arriver un jour à bien anticiper ces crues. Nous espérons aussi des améliorations de l’observation des précipitations par les radars. L’installation par Météo-France du radar du Moucherotte est une avancée significative, mais les attentes restent fortes sur les deux Savoies.

Il y a encore du chemin à parcourir, notamment pour bien intégrer toutes les spécificités de nos territoires de montagne !

 



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