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Les habitants de la commune de la Terrasse (Isère) connaissent-ils les risques auxquels ils sont exposés ?

Le 14-03-2007 | Par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 8474 vues | Ajouter aux favoris |
Les habitants de la commune de la Terrasse (Isère) connaissent-ils les risques auxquels ils sont exposés ?
vue aérienne de la commune de la Terrasse © Photothèque IRMa / Sébastien Gominet

Une enquête auprès des habitants de la commune de la Terrasse, réalisée par deux étudiants de l’Institut de Géographie Alpine de Grenoble au mois de décembre 2006 soit un peu plus d’un an après la diffusion du DICRIM (Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs) de la commune. Elle avait pour but de mesurer le niveau de connaissance des habitants et leur perception des risques qui les menacent pour être en mesure d’apprécier l’impact du DICRIM et des actions qui y ont été associées (réunion publique par exemple).

80 personnes ont été interrogées sur les 2000 habitants environ que compte la commune (seuil minimum pour la réalisation d’une enquête quantitative). La volonté était bien sûr de constituer un échantillon le plus représentatif possible (âge, sexe, lieu de résidence dans la commune, nouveaux habitants ou plus anciennement installés, catégories socio-professionnelles…) ce qui n’était pas forcément évident compte tenu de la méthode d’enquête (dans la rue, porte à porte) et des moments de la journée durant lesquels les étudiants pouvaient travailler (beaucoup d’habitants étaient sur leur lieu de travail au moment de leurs visites…). Malgré le peu de personnes interrogées, les résultats de cette enquête nous semblent intéressants et leur analyse plutôt riche d’enseignements. Ils correspondent assez bien à des situations que l’on ressent, de manière informelle, sur le terrain, hormis quelques résultats un peu surprenant (par exemple, le fait que la majorité des personnes interrogées aient répondu qu’elles trouvaient plutôt rassurant d’être informées). Globalement, on constate une sous-estimation des risques (c’est en tout cas notre point de vue…) mais qui ne nous semble pas démesurée et surtout un déplacement de « l’inquiétude » sur un aléa qui a historiquement concerné la commune mais qui ne représente plus aujourd’hui de risque pour celle-ci (l’inondation par l’Isère) selon les dernières études réalisées (PPRI Isère amont) et mentionnées dans le DICRIM. En ce qui concerne le document en lui-même, il a été plutôt bien perçu et lu (plus ou moins attentivement) mais à peine la moitié des personnes interrogées l’ont conservé par la suite.

Le questionnaire :

Il se structure en quatre grandes parties :

- La première concerne certains aspects du logement des individus (exemple : quel type de logement occupez-vous ?).

- La seconde concerne plus particulièrement les notions liées aux risques naturels et la perception des habitants sur ces derniers à l’échelle de la commune (exemple : à quel niveau estimez-vous la menace qui pèse sur la commune en terme de risques naturels ?).

- la troisième concerne les questions liées aux actions préventives et plus directement au DICRIM (exemple : avez-vous déjà entendu parler du DICRIM ?)

- la quatrième porte sur les aspects personnels des individus (exemple : Quelle est votre situation professionnelle ?)

Il a été choisi de traiter la partie « perception des risques naturels » avant de traiter la partie sur les documents informatifs (DICRIM) pour que les individus ne soient pas tentés de répondre en fonction des questions portant sur le DICRIM (questions faisant clairement état de la notion de risque naturel sur la commune). De cette manière, nous espérions obtenir des informations personnalisées au travers de réponses relativement spontanées et instinctives sur le point de vue personnel des habitants et ainsi constater les différents avis sur le sujet.

Analyse des résultats : questions portant sur la perception des risques

A quel niveau estimez-vous la menace qui pèse
sur la commune en terme de risques naturels ?

 

La moitié des personnes enquêtées a estimé que le niveau de risque auquel est exposée la commune est « moyen » et un tiers que ce niveau est « faible ». 10% estiment que les risques sont « élevés » et 7,5 % qu’il n’a pas de risque sur la commune de la Terrasse. Aucune des personnes interrogées n’a estimé que les risques étaient très élevés.

La proportion d’habitants considérant que les risques sont faibles voire nuls (presque 38%) nous semble élevée au regard des aléas et des enjeux menacés qui sont affichés dans le Plan de Prévention des Risques « aléas de versant » de la commune (une partie du centre-bourg et garderie « les Z’amis des ptits d’hommes » soumis à un aléa moyen de débordement du ruisseau de la Terrasse, école primaire soumise à un aléa moyen de ruissellement, haut du Bourg soumis à un aléa moyen de glissement de terrain…). Cela s’explique probablement en partie par le fait que la commune n’a pas connu récemment d’événement particulièrement marquant (tant que l’on n’a pas vu…) et que certains phénomènes comme les glissements de terrain sont de manière générale très peu connus et difficiles à appréhender, notamment du point de vue de leurs conséquences possibles. Cela reflète aussi une situation plus générale, évoquée à diverses occasions, à savoir une mauvaise connaissance globale et une mauvaise perception des risques qui les menacent de la part des populations concernées…

 

Quels sont les les risques qui menacent
le plus la commune selon vous?

Le plus étonnant dans les réponses qui apparaissent dans le tableau ci-dessus est que le risque d’inondation de plaine lié à l’Isère est considéré comme le plus important pour la commune. Or, selon le Plan de Prévention du Risque inondation Isère amont, aucune zone urbanisée ne serait aujourd’hui concernée par une crue bicentennale de l’Isère. Cette information a été mentionnée dans le DICRIM mais la carte qui a été jointe représentait les limites de la crue historique de 1859 qui a touché une grande partie de la plaine au niveau de la Terrasse et non celle du PPRI qui classe cette zone hors de l’aléa inondation. A la lumière des résultats de cette enquête, on peut se demander si ce choix était judicieux puisqu’il a probablement contribué à détourner l’attention des habitants d’un risque qui est plus important pour les personnes et les biens sur la commune, à savoir le risque de crue torrentielle du torrent de la Terrasse qui concerne notamment tout le centre bourg. En recoupant le lieu d’habitation des personnes enquêtées et les réponses à cette question, on s’aperçoit d’ailleurs qu’un tiers des habitants du centre estime qu’il n’y a pas de risque à la Terrasse ce qui est plutôt inquiétant.

Il est à noter aussi que si seulement 7,5% des personnes interrogées pensent qu’il n’y a pas de risque sur leur commune, 67,5% d’entre elles considèrent que leur logement n’est pas situé dans une zone potentiellement menacée par un ou plusieurs risques. Pratiquement ¼ (23,8%) pensent que leur logement est menacé et 8,8% ne savent pas. Selon les 23,8% qui ont répondu que leur logement était menacé, 11,3% on eu ce renseignement par la mairie, 6,3% ont été renseignés par les voisins, autant le savent par expérience personnelle tout comme ceux qui l’on su grâce à leur propre observation.

Analyse des résultats : questions portant sur les consignes de sécurité :

Une question portant sur les consignes de sécurité mettait en situation de crise les personnes interrogées : « si une inondation venait à envahir la commune et que votre logement était touché, quel comportement adopteriez-vous en fonction des simulations proposées ? ».

Si 45 % des personnes interrogées adopteraient le bon comportement (ce qui est encore insuffisant), 20 % d’entre elles seraient tentées d’aller chercher leur enfant à l’école, alors qu’il est clairement indiqué dans le DICRIM qu’il ne faut pas le faire. 3,8 % des personnes interrogées décideraient de rester à leur domicile malgré la demande d’évacuation, ce qui reste marginal mais ne manquerait pas de poser des problèmes en temps de crise.

Analyse des résultats : questions portant sur le DICRIM (connaissance et perception)

Le sigle n’est pas encore connu…

Comme l’indique l’histogramme ci-dessus , à la question « avez-vous déjà entendu parler du DICRIM ? », 90% des personnes interrogées soit 72 habitants sur 80 ont répondu NON. Cela s’explique probablement en partie par le fait que le document diffusé dans la commune s’intitulait sur sa page de couverture « Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs » et que le sigle associé n’était pas mentionné.

 

…mais le document a bien été reçu…

Il semble en effet que c’est plutôt le sigle que le document en lui-même qui est mal connu des habitants puisque 73,8 % des personnes interrogées affirment avoir reçu le document à leur domicile contre seulement 17,5 % qui indiquent le contraire et 8,8 % qui ne souviennent plus.

 

… et plutôt bien perçu

Parmi les personnes qui affirment avoir reçu le DICRIM chez eux, 37,5% l’ont lu attentivement, 30% ont feuilleté la plaquette d’information de façon brève, 6,3% n’y ont pas réellement porté attention et 26,6% ne se souvenaient plus.

45% des personnes interrogées ont affirmé que le DICRIM leur a apporté un peu de connaissances sur les risques, 18,8% ont répondu qu’il leur avait apporté énormément de connaissances, 6,3% ont indiqué n’avoir quasiment pas eu de connaissances nouvelles grâce au DICRIM et 3,8% ont précisé que le DICRIM ne leur en avait pas du tout véhiculé. Par ailleurs, il y eu 26,6% de non réponse dans la mesure où cette question était filtrée lorsque les individus avaient répondu qu’ils n’avaient pas reçu le DICRIM. Seulement 42,5% des personnes interrogées ont par contre indiqué avoir conservé le DICRIM par la suite.

Plus de la moitié des personnes interrogées ont indiqué être satisfaites par la présentation et par le contenu du DICRIM, un quart ont dit être très satisfaites et 3,8% ont déclaré ne pas être satisfaites.

La question suivante confirmait ces résultats puisque plus des ¾ des individus, soit 78,8%, ont trouvé que le DICRIM est un bon moyen d’information, 11,3% que c’est un moyen d’information trop succinct et 6,3% que ce document n’est qu’un papier de plus (3,8% de non réponse).

 


De manière générale, diriez-vous que le DICRIM est plutôt…
Source : Logiciel Sphinx, 2006.

 

Le DICRIM, inconnu des nouveaux arrivants :

Comme toutes les communes des environs, La Terrasse présente un taux de renouvellement des habitants important chaque année. L’enquête a montré que les nouveaux résidants installés après la parution du DICRIM ne connaissaient pas l’existence de ce document. En recoupant le temps depuis lequel les personnes interrogées habitent dans la commune et leurs réponses sur le niveau de risque auquel elles estiment que la commune est exposée, on se rend compte que les personnes y résidant depuis moins d’un an (et qui n’ont donc pas eu le DICRIM en leur possession) considèrent pour 40 % d’entre elles qu’il n’y a pas de risque sur la commune, ce chiffre étant nettement plus élevé que pour toutes les autres tranches. Si un des résultats de la réalisation du DICRIM a été de faire prendre conscience à la population que les risques existent, qu’elle les considère par la suite comme faible, moyen ou fort, un petit pas aura déjà été fait sur le chemin de la prévention.


Perception du niveau de risque sur la commune en fonction du temps depuis lequel les personnes interrogées habitent la commune.
Source : Logiciel Sphinx, 2006.

 


L’information, source d’un sentiment de sécurité

68,3% des personnes interrogées ont précisé que ce genre de document déclenchait chez elles un sentiment rassurant par le fait d’être informé. 15% ressentent un sentiment d’indifférence, 7,5% des individus sentent en eux un sentiment d’inquiétude grandissant lorsqu’ils reçoivent des documents évoquant les risques naturels susceptibles de menacer leur commune, 5% on parlé de prise de conscience, de lucidité par rapport aux risques et 3,8% n’ont pas répondu.

 


Autres actions d’information

La commune a organisé une réunion publique d’information après la diffusion du DICRIM et proposé une exposition de photographies sur les catastrophes naturelles en Isère dans le hall de la mairie. Or, 45% des personnes interrogées ont indiqué qu’elles n’avaient pas eu connaissance de la réalisation d’autres actions d’information, 35% ont répondu au contraire qu’elles en avaient eu connaissance et 20% qu’elles ne savaient plus. Le bulletin municipal semble être le meilleur moyen pour informer la population de ce type d’action puisque sur les 35% qui ont répondu en avoir eu connaissance, 23,8% l’ont su par le bulletin municipal, 5% directement par la mairie (les individus s’y sont déplacés) et 1,3% par le bouche à oreille.

En guise de conclusion, quelques éléments de réflexion :

  • un an après sa parution, le document semble assez bien connu des habitants qui semblent avoir été plutôt satisfaits par sa forme et son contenu : c’est plutôt encourageant et cela incite à continuer à réaliser des documents du même type (petite brochure au graphisme soigné et largement illustrée). Le document doit rester court car beaucoup de personnes ne font que le feuilleter (30 % des personnes interrogées) ;

  • il aurait été intéressant de pouvoir interroger un échantillon plus important, notamment dans la tranche des personnes qui habitent la commune depuis moins de un an et qui n’ont pas eu le DICRIM en leur possession. Cela aurait permis, peut-être, de confirmer ce qui a été constaté avec cette enquête à savoir que le DICRIM semble être un bon moyen de prise de conscience de l’existence de risque sur la commune ;

  • la perception d’un niveau de danger lié à un aléa reste en partie subjective ; elle est liée autant aux informations précisent sur la commune que l’on va pouvoir donner aux habitants à partir des études techniques qui ont été réalisées (PPR…) qu’à leur « bagage » personnel et à leur connaissance générale en matière de risque et notamment aux références extérieures à la commune qu’ils peuvent avoir. La présentation d’événements historiques est souvent un bon moyen de faire prendre conscience d’un danger. Or, pour des événements rares et non répétitifs comme les glissements de terrain de terrain ou les chutes de blocs, ou pour des aléas dont ont aura réduit l’intensité et la fréquence de survenu par des travaux de protection (la correction torrentielle du service RTM sur le torrent de la Terrasse par exemple), il n’y aura pas forcément d’événement marquant qui soit resté dans la mémoire collective de la commune et qui permettent de rappeler le danger. Le choix a le plus souvent été fait, dans la réalisation des DICRIM, de ne proposer que des informations et des exemples pris sur le territoire communal. Il serait peut-être intéressant aujourd’hui de proposer dans les DICRIM des exemples d’événements marquants survenus dans des communes voisines et qui présentent des similitudes importantes (en terme de géographie, de géologie, d’hydrographie, d’aménagement du territoire…). En prenant l’exemple de la commune de la Terrasse, on aurait pu parler, dans son DICRIM, des crues torrentielles survenues dans le massif de Belledonne en août 2005, ou des chutes de blocs sur la commune de Lumbin en 2002. C’est d’ailleurs ce qui a été fait au cours de la réunion publique et c’était aussi dans cet esprit qu’a été proposé l’exposition de photographies aux habitants.

  • Dans le même ordre d’idées, on peut se demander si la tendance au « nivellement » des différents risques qui concernent les communes dans les DICRIM (mêmes type et quantité d’informations…) est une bonne chose ou s’il ne faudrait pas insister largement sur les risques les plus menaçants, en prenant en compte différents paramètres pour déterminer ceux-ci : ERP, centre ville, écoles… menacés ou non, existence d’ouvrages inadaptés et sous-dimensionnés (ponts…). Pour reprendre l’exemple de la Terrasse, il n’est en effet pas normal qu’après la diffusion du DICRIM, les habitants considèrent que le risque le plus important pour la commune est l’inondation par l’Isère alors qu’une crue centennale du torrent de la Terrasse ferait incomparablement plus de dégâts et présenterait une menace pour les personnes. Cela nous oblige, à notre sens, à s’interroger sur les messages que nous transmettons à la population, et sûrement à remettre en cause certaines pratiques en la matière.

 

En savoir plus :

> Article sur la réunion publique organisée dans la commune de la Terrasse le 11 janvier 2006
http://www.irma-grenoble.com/01actualite/01articles_afficher.php?id_actualite=127


Télécharger :

> le questionnaire
http://www.irma-grenoble.com/PDF/actualite/articles/questionnaire.pdf



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